Comment le mouvement LGBTQI+ du Botswana a abrogé les lois anti-gay coloniales

6 juillet 2026

En mars 2026, le Botswana a formellement retiré du code pénal les dispositions héritées de l’époque coloniale qui pénalisaient les relations entre personnes du même sexe — une victoire majeure pour les personnes LGBTQI+ et les organisations de la société civile qui se battaient depuis plus d’une décennie pour les en faire sortir. Le changement ne provint pas d’un seul recours judiciaire ni d’un acte isolé de bonne volonté politique. En 2019, la Haute Cour du Botswana avait jugé ces dispositions inconstitutionnelles. En 2021, la Cour d’appel a confirmé ce jugement. Mais pendant des années, la loi est restée en vigueur, laissant les personnes LGBTQI+ vivre sous des dispositions que les tribunaux avaient déjà jugées injustes. Les activistes, les avocats et les organisations de la société civile ont persévéré jusqu’à ce que la loi écrite finisse par rattraper les engagements constitutionnels du Botswana en matière de dignité, d’égalité, de liberté et de vie privée. Pour les militants, la victoire démontre que les décisions judiciaires comptent — mais ce ne devient une protection réelle que grâce à une action civique soutenue. L’abrogation n’est pas la fin de la lutte. L’égalité dans le mariage, la reconnaissance des unions familiales, les protections contre la discrimination et l’acceptation sociale demeurent contestées. Mais dans une région où de nombreux gouvernements intensifient les attaques contre les droits LGBTQI+, le chemin emprunté par le Botswana offre un exemple puissant de la manière dont la litige stratégique, le plaidoyer civique et l’organisation des jeunes peuvent produire des changements concrets.

Dans cet entretien, Faith Gunda, étudiante en droit basée au Botswana, défenseure des droits humains, membre du CIVICUS Protest Lab et cofondatrice de Sisterhood Chain International, explique ce que signifie cette abrogation, pourquoi elle a pris autant de temps et ce qui vient ensuite.

What does repeal mean for LGBTQI+ people?

L’abrogation formelle est symbolique, mais les symboles comptent parce qu’ils indiquent aux gens s’ils appartiennent ou non. Pendant des années, des dispositions pénales ont adressé un message clair aux personnes LGBTQI+ au Botswana: vous êtes des criminels. Même après que les tribunaux eurent jugé ces dispositions inconstitutionnelles en 2019, elles sont restées inscrites dans les textes, rappel constant que l’État voyait leurs identités comme une menace. Leur suppression aligne le droit écrit sur les valeurs constitutionnelles de dignité, d’égalité, de liberté et de vie privée. Mais plus important encore, elle affirme que les personnes LGBTQI+ ne sont pas des criminels.

Cela change tout pour les jeunes. Lorsque la loi ne criminalise plus votre identité, cela a des effets positifs sur la santé mentale, le sentiment d’appartenance et la participation civique. Cela permet aux personnes LGBTQI+ de signaler les violences, de solliciter des soins de santé et de vivre ouvertement sans crainte. Les gens peuvent respirer un peu plus librement. Ils peuvent envisager des futurs qu’ils ne pouvaient pas envisager auparavant.

Ce progrès ne vient pas d’en haut. Il résulte de années de plaidoyer inlassable mené par des activistes LGBTQI+, des organisations LGBTQI+ telles que Lesbiennes, Gays et Bisexuels du Botswana et par des citoyens ordinaires prêts à tout risquer pour remettre en cause un stigmate enraciné. L’abrogation formelle n’est pas la fin d’une lutte. C’est une base pour la prochaine étape. Le travail se poursuit.

Why did it take so long to remove provisions courts declared unconstitutional?

Les victoires juridiques et les changements politiques n’avancent pas à la même vitesse. Les tribunaux avaient été clairs en 2019: la loi était inconstitutionnelle. Mais les décisions judiciaires ne peuvent pas s’appliquer d’elles-mêmes. Des lois héritées de l’époque coloniale restent gravées dans les textes, car leur suppression nécessite une volonté politique et que les politiciens craignent des répercussions. Pendant six ans, les personnes LGBTQI+ ont vécu avec une loi que les tribunaux avaient déjà jugée injuste.

Ce qui a finalement provoqué le changement, c’est une pression soutenue. Les organisations de la société civile, les défenseurs des droits humains et les avocats n’ont pas accepté de lâcher prise. La Cour d’appel a confirmé le jugement en 2021, et les activistes ont continué à parler, à s’organiser et à exiger sa mise en œuvre. En mars, la loi a enfin changé.

Alors, la leçon est la suivante: les décisions de justice comptent, mais c’est l’action civique soutenue qui les transforme en une vraie protection.

What barriers remain, and what comes next?

La décriminalisation n’est pas l’égalité, mais elle en constitue le fondement. Une véritable égalité signifie des droits au mariage, une reconnaissance des familles et des protections anti-discrimination. L’affaire sur l’égalité du mariage, qui doit être entendue par la cour en juillet, mettra à l’épreuve si les protections constitutionnelles s’étendent au-delà de l’intimité privée vers une citoyenneté pleine et si les couples de même sexe peuvent accéder à la dignité et à la reconnaissance juridique que procure le mariage.

Mais les obstacles juridiques ne constituent qu’une partie de l’histoire. Les obstacles sociaux persistent aussi, notamment la stigmatisation au sein des familles, dans les systèmes de soins de santé, dans les écoles et sur les lieux de travail. La réforme légale crée une protection, mais elle ne peut pas changer instantanément des attitudes profondément enracinées. Les jeunes au Botswana croient de plus en plus que chacun devrait pouvoir vivre authentiquement sans peur. Ils s’organisent, prennent la parole ouvertement et refusent le silence que les générations précédentes ont subi. Cette évolution générationnelle devient le moteur le plus puissant du changement.

Le parcours n’est pas linéaire, mais la direction est indéniable. Une réforme significative demande un engagement civique continu. Cela signifie que les activistes documentent et défendent l’espace civique, que les organisations de base renforcent le leadership des jeunes et que les gens refusent d’accepter autre chose que l’humanité complète.

Is Botswana an example for Africa?

Les avancées du Botswana ne devraient pas être idéalisées. Le pays demeure confronté à un conservatisme social et à la discrimination, et ses gains resteront vulnérables s’ils ne sont pas continuellement défendus. Mais il offre un modèle à suivre.

Le Botswana se distingue sur le continent parce qu’il a réussi grâce à la plaidoyer civique, au respect du droit et à l’indépendance judiciaire. Cela prend une importance particulière aujourd’hui, lorsque plusieurs gouvernements africains adoptent des lois plus sévères anti-LGBTQI+ et qualifient ces droits d’“anti-africains”, même si les lois interdisant les relations entre personnes du même sexe représentent des héritages coloniaux.

Le chemin du Botswana remet en cause ce récit. Il montre que les démocraties constitutionnelles africaines peuvent interpréter la dignité, l’égalité et la liberté de manière inclusives, sans abandonner des traditions juridiques locales. Pour les défenseurs des droits humains à travers la région, le Botswana prouve que l’engagement civique, la plaidoyer soutenu et la litige stratégique peuvent produire des changements significatifs même dans des contextes politiques difficiles.

CIVICUS interroge une grande variété d’activistes de la société civile, d’experts et de leaders afin de recueillir des perspectives diversifiées sur l’action de la société civile et les enjeux actuels pour publication sur sa plateforme CIVICUS Lens. Les points de vue exprimés dans les entretiens appartiennent aux personnes interrogées et ne reflètent pas nécessairement ceux de CIVICUS. La publication n’implique pas l’approbation des personnes interviewées ni des organisations qu’elles représentent.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.