Shaun Martin est vice-président chargé de l’adaptation et de la résilience au World Wildlife Fund (WWF) aux États-Unis.
« Adaptez-vous ou périssez, comme toujours, tel est l’impératif implacable de la nature. » Un siècle plus tard, l’avertissement de H.G. Wells ressemble moins à une philosophie qu’à une prévision pour l’avenir proche.
La semaine dernière, l’Organisation météorologique mondiale prévoyait le développement d’un El Niño puissant en 2026, un motif climatique naturel se caractérisant par des températures océaniques anormalement élevées dans le Pacifique, qui pourrait figurer parmi les plus forts jamais enregistrés et déclencher des inondations, des sécheresses et des vagues de chaleur extrême à l’échelle mondiale.
Cette alerte met en évidence une chose: nous devons accélérer notre capacité d’adaptation face à un climat qui change rapidement.
Les scientifiques avertissent que El Niño pourrait amplifier les extrêmes climatiques en 2026
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Shaun Martin est vice-président chargé de l’adaptation et de la résilience au World Wildlife Fund (WWF) aux États-Unis.
« Adaptez-vous ou périssez, comme toujours, tel est l’impératif implacable de la nature. » Un siècle plus tard, l’avertissement de H.G. Wells ressemble moins à une philosophie qu’à une prévision pour l’avenir proche.
La semaine dernière, l’Organisation météorologique mondiale prévoyait le développement d’un El Niño puissant en 2026 — un motif climatique naturel se caractérisant par des températures océaniques anormalement élevées dans le Pacifique — qui pourrait devenir l’un des plus forts jamais enregistrés et provoquer des inondations, des sécheresses et des vagues de chaleur extrême à l’échelle mondiale.
Cette alerte met en évidence une chose: nous devons accélérer notre capacité d’adaptation face à un climat qui change rapidement.
Des scientifiques avertissent que El Niño pourrait amplifier les extrêmes climatiques en 2026
Qu’est-ce que cela signifie de prendre au sérieux l’adaptation au changement climatique? Cela signifie reconnaître que renforcer la résilience face à des risques croissants doit guider la planification et l’élaboration des politiques, au-delà même des efforts visant à réduire les émissions climatiques.
Les risques climatiques croissants, tels que des vagues de chaleur prolongées ou des pluies diluviennes, devraient guider les décisions sur l’emplacement des logements, les cultures cultivées et la gestion des ressources naturelles. Il faut investir dans des systèmes capables de résister et de se remettre des chocs liés au climat plutôt que de s’effondrer sous leur poids.
Impacts arrivant en avance sur le calendrier
Pendant des décennies, l’action climatique a été axée sur l’atténuation — réduire les émissions pour prévenir des dommages futurs. Ce travail demeure essentiel. Mais il opère sur une frange temporelle plus lente que les impacts que nous observons désormais en temps réel et de façon anticipée. Le renforcement de l’El Niño en 2026 rend ce décalage inacceptable.
Au cours des premiers mois de 2026, plus de 600 000 milles carrés de forêts ont brûlé dans le monde — l’équivalent de 81 millions de terrains de football —, chiffre le plus élevé jamais enregistré pour cette période de l’année. Les températures de surface des océans atteignent des sommets historiques, la glace de mer arctique est à des niveaux records, et plusieurs régions ont connu une chaleur extrême hors saison.
Le renforcement attendu d’El Niño plus tard cette année pourrait pousser ces conditions encore plus loin, rendant potentiellement 2026 l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées.
El Niño devrait apporter une année encore plus chaude dès 2027
Le climat actuel est fondamentalement différent de celui qui a façonné les événements El Niño passés. Les vagues de chaleur atteignent des pics plus violents. Les sécheresses durent plus longtemps. Les précipitations se présentent de plus en plus sous forme de rafales destructrices. Même les périodes historiquement plus fraîches n’apportent plus de répit.
Le pendant d’El Niño, La Niña, se produit désormais dans un monde plus chaud, avec des températures de l’océan pendant les phases plus froides de La Niña dépassant celles observées lors des anciens épisodes “super El Niño” comme en 1998 et 2016. Les extrêmes d’hier deviennent les références d’aujourd’hui, et ce nouveau niveau de turbulence mettra à l’épreuve les capacités de préparation à l’échelle nationale.
Préparatifs pragmatiques pour renforcer la résilience
En matière de politiques publiques, l’objectif devrait être de renforcer la santé et la résilience des communautés confrontées à des risques climatiques croissants. À travers les États-Unis, des communautés ressentent déjà les effets d’un climat qui évolue rapidement. Se préparer et résister à ce qui se profile n’est pas une question idéologique; c’est une approche pragmatique.
L’OMS publie de nouvelles directives sur les plans d’action pour la chaleur et la santé, alors que l’El Niño s’installe
Planifier en privilégiant la résilience, moderniser les infrastructures et investir dans l’adaptation contribuent à protéger les systèmes alimentaires, les logements et les chaînes d’approvisionnement, tout en renforçant les infrastructures critiques. Maintenir la vigueur et la stabilité des communautés locales au centre des décisions est essentiel pour construire un avenir plus sûr et plus résilient.
Les organisations de conservation insistent depuis longtemps sur le fait que s’adapter au changement climatique ne se résume pas à réagir face aux catastrophes, mais à bâtir une résilience qui soutient à la fois les populations et la nature. Cela nécessite de travailler avec les communautés, les gouvernements et les entreprises pour réduire la vulnérabilité face aux aléas naturels, renforcer les capacités locales et déployer des solutions qui améliorent la capacité de la nature à nous protéger.
Une adaptation enracinée dans la nature
Dans les régions côtières, par exemple, les mangroves jouent le rôle de défenses naturelles — elles absorbent les ondes de tempête, stabilisent les rivages et protègent les communautés voisines.
Au Mexique, le Fonds mondial pour la nature et ses partenaires utilisent des réseaux de capteurs, des drones et l’intelligence artificielle pour surveiller la santé des mangroves et les conditions météorologiques en temps réel. Le projet analyse la manière dont ces écosystèmes réagissent face aux tempêtes, à la chaleur et à l’évolution des conditions hydriques, aidant les communautés et les décideurs à adapter leurs stratégies de conservation. C’est un aperçu de ce que peut donner une adaptation au changement climatique lorsque celle-ci est locale, fondée sur les données et ancrée dans la nature.
Le risque climatique n’est pas un problème unique à résoudre, mais un système à gérer. Le relever suppose de repenser et d’intégrer conservation, développement économique et réduction des risques de catastrophe au sein d’un même programme, mais à multiples dimensions, axé sur la résilience.
Cela mettra également en évidence les vulnérabilités des infrastructures, mettra à l’épreuve les systèmes de réponse aux catastrophes et remettra en cause les hypothèses sur ce qui constitue une année « normale » sur le plan climatique. Et cela nous rappellera que même les meilleures prévisions ne réduisent pas les impacts — seule la préparation peut le faire.
Le problème n’est pas que nous avons ignoré le changement climatique. C’est que nous avons mal évalué son calendrier. Ces aléas ne sont plus un risque à venir à éviter; ils constituent une réalité présente à gérer. L’avertissement de H.G. Wells demeure pertinent. Il faut s’adapter ou périr, aujourd’hui comme autrefois.