On ne peut pas exiger l’intégration en bâtissant un système d’asile sur l’insécurité

15 juillet 2026

Lundi soir, les députés ont voté pour soutenir le projet de loi sur l’immigration et l’asile lors de sa deuxième lecture à la Chambre des communes. Andy Burnham, pressenti pour devenir premier ministre la semaine prochaine, a voté en faveur — soulevant des questions sur l’orientation que son gouvernement adoptera en matière d’immigration.

Vivant dans le Grand Manchester, j’ai vu Burnham forger son identité politique en écoutant les communautés et en luttant contre les inégalités. J’ai apprécié sa volonté de débattre de questions difficiles, y compris la migration, sans recourir à un langage qui divise.

Dans ce contexte, son soutien à ce texte est préoccupant. La proposition controversée a déjà suscité une forte opposition au sein même du parti de Burnham. Quatorze députés travaillistes ont voté contre le texte, plus de 120 ont choisi de s’abstenir, et près de 80 ont signé une lettre exhortant Burnham à repenser les réformes migratoires plus larges lorsqu’il entrera à No 10.

La question qui se pose désormais est de savoir si son vote indique qu’en tant que Premier ministre, Burnham mettra en œuvre les plans hérités pour un système d’asile de plus en plus axé sur la dissuasion et l’insécurité, ou s’il portera dans la politique nationale les principes qu’il a défendus à Manchester.

Le gouvernement affirme que ses réformes en matière d’immigration aideront les personnes à s’intégrer, à trouver du travail, à devenir indépendantes et à contribuer. Les réfugiés veulent aussi ces choses. Mais on ne peut pas dire aux gens d’intégrer leur vie tout en concevant un système qui les fait regarder par-dessus leur épaule.

Je participe à ce débat après une décennie passée à travailler avec des communautés qui accueillent des réfugiés. En 2017, j’ai fait partie de l’un des premiers groupes de Parrainage Communautaire au Royaume‑Uni pour accueillir une famille réfugiée. Depuis lors, j’ai constaté de manière constante ce qui aide les gens à reconstruire leur vie et ce qui rend ce parcours plus difficile.

Un système d’asile fondé sur l’insécurité

L’une des réformes d’immigration les plus controversées proposées consiste à doubler rétroactivement le temps d’attente que doivent subir de nombreux ressortissants étrangers vivant au Royaume‑Uni avant de pouvoir déposer une demande de séjour indéfini, ce qui pourrait contraindre certains réfugiés à patienter jusqu’à 20 ans.

À partir de mars, leur besoin de protection sera réévalué tous les 30 mois pendant cette période, et ceux issus de pays considérés comme « sûrs » seront censés rentrer. Et le projet de loi sur l’immigration et l’asile exigerait que beaucoup de personnes à qui l’asile est accordé paient au gouvernement environ 10 000 livres pour l’hébergement et le soutien dont elles ont bénéficié en attendant une décision, avant de pouvoir déposer une demande de séjour. Les plans interviennent après la suspension du regroupement familial des réfugiés qui a déjà privé plus de 16 000 personnes de pouvoir réunir leurs proches au Royaume‑Uni.

Ce ne sont pas des mesures isolées. Ensemble, elles forment un système d’asile défini par une incertitude prolongée. Il est impossible de demander à quelqu’un de s’implanter, d’investir dans une carrière ou de s’intégrer dans une communauté lorsque son avenir reste incertain pendant des décennies.

Une personne reconnue comme réfugiée repart souvent de zéro avec très peu de moyens. Elle peut apprendre l’anglais, essayer de trouver un logement permanent, chercher du travail ou tenter de faire reconnaître des qualifications obtenues à l’étranger. Elle peut soutenir des enfants qui ont connu la guerre, la persécution ou le déplacement. Ces réformes risquent d’imposer de nouvelles incertitudes et des obligations financières sur leur chemin.

Les conséquences vont au‑delà des réfugiés individuels; une enquête conjointe récente du All-Party Parliamentary Group on Migration and Poverty a averti que les réformes récentes et proposées de l’immigration pourraient compromettre les ambitions du gouvernement en matière de réduction de la pauvreté infantile et de fin du sans‑abri.

Cela devrait nous inquiéter tous. Si une famille est poussée dans la pauvreté, cela met une pression sur les écoles et les services locaux. Si les gens ne peuvent accéder à un logement stable, la pression retombe sur les conseils municipaux et les services d’assistance au sans‑abri. Si les personnes restent dans une insécurité prolongée et sont séparées de leurs familles, il devient plus difficile de bâtir la confiance et le sentiment d’appartenance qui sous-tendent des communautés soudées.

Il existe aussi de sérieuses questions quant à l’accès à la justice. Le projet de loi ferait glisser les recours en première instance en matière d’immigration du système actuel de tribunaux — où les affaires sont entendues par des juges qualifiés — vers une nouvelle Independent Immigration Appeals Authority utilisant des adjudicateurs qui ne seraient pas obligés de posséder des qualifications juridiques.

Le gouvernement avance que cela permettra de réduire l’arriéré des audiences d’appel. Bien que l’on puisse tous convenir que les retards sont inacceptables, la rapidité ne peut se faire au détriment de l’équité ou d’un contrôle judiciaire indépendant. Les affaires d’asile sont complexes et nécessitent une expertise juridique spécialisée et une compréhension appropriée des risques que les personnes peuvent encourir en cas de retour. Lorsqu’il s’agit de décider si le retour d’une personne peut la mettre en danger ou constituer un risque pour sa vie, une supervision indépendante solide n’est pas une contrainte : c’est une précaution fondamentale.

Des itinéraires sûrs nécessitent de l’ambition

Si le gouvernement veut réellement réduire les voyages dangereux, il doit associer un système d’asile équitable à des alternatives sûres et accessibles pour ceux qui demandent protection. Ici, le texte prévoit une opportunité. L’engagement à créer de nouveaux itinéraires sûrs et réguliers pour demander l’asile au Royaume‑Uni, y compris par le biais du Parrainage Communautaire, devrait être salué.

Depuis une décennie, nous plaidons pour que les communautés jouent un rôle plus important dans l’accueil des réfugiés, notamment par le biais du parrainage nommé. Cela a été une priorité majeure pour l’Alliance du Parrainage Communautaire, dont mon organisation fait partie. Les communautés nous disent sans cesse qu’elles veulent aider les personnes à atteindre la sécurité. Nous l’avons vu à travers le Parrainage Communautaire et, à une échelle extraordinaire, avec le dispositif Homes for Ukraine.

Mais les itinéraires sûrs doivent être ambitieux et significatifs. Si le gouvernement est sérieux au sujet de réduire les voyages dangereux, il ne peut offrir des itinéraires modestes et strictement limités qui restent inaccessibles à la plupart des personnes qui ont besoin de protection. Les faire ainsi ne fera que pousser des personnes en détresse à chercher d’autres moyens d’atteindre la sécurité.

Le Parrainage Communautaire a démontré que lorsque les communautés reçoivent les outils et le soutien pour accueillir les réfugiés de manière efficace, elles se mobilisent. Le gouvernement devrait être ambitieux quant à exploiter cette volonté, et non traiter les itinéraires sûrs comme une maigre exception humanitaire à un système d’asile de plus en plus axé sur la dissuasion.

Le test pour Burnham

En tant que maire de Manchester, Burnham s’est bâti une réputation sur l’idée que le gouvernement doit investir dans les communautés et écouter ceux qui se sentent ignorés. Ces principes ne devraient pas s’arrêter au système d’asile.

Un système d’asile juste et efficace devrait aider les personnes qui obtiennent une protection à reconstruire leur vie, à devenir indépendantes et à contribuer le plus rapidement possible, tout en maintenant les familles ensemble autant que possible. Il devrait garantir un accès à des décisions équitables et indépendantes. Il devrait investir dans les communautés qui font le travail d’intégration. Et il devrait créer des itinéraires sûrs à l’échelle qui offrent de réelles alternatives aux parcours dangereux.

La politique d’immigration doit reconnaître que protection, intégration et contribution vont de pair. On ne peut pas ouvrir des itinéraires sûrs d’un côté tout en bâtissant de l’autre un système d’asile fondé sur l’insécurité. Après plus d’une décennie de travail aux côtés des communautés qui accueillent des réfugiés, je le sais : la stabilité aide les gens à reconstruire, à s’intégrer et à contribuer. L’insécurité mine ces trois éléments.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.