Mohamed Adow est le fondateur et directeur de Power Shift Africa.
Lors de la Semaine lond matinée d’action pour le climat, l’électrification est passée des marges de la politique climatique au centre même du cheminement vers la COP31. Le lancement de la campagne Electrify Now a insufflé un nouvel élan à l’objectif évoqué lors des discussions climatiques à Bonn : d’ici 2035, l’électricité devrait représenter 35% de la consommation finale d’énergie mondiale, contre un peu plus de 20% aujourd’hui.
Cela fait de l’électrification l’un des tests déterminants de ce sommet climatique qui se déroule cette année en Türkiye. Si la COP31 ne doit pas se limiter à un simple exercice de rédaction de textes, elle doit démontrer comment le monde peut remplacer les combustibles fossiles dans les transports, le chauffage, l’industrie et le quotidien par une électricité propre.
Pour l’Afrique, ce programme offre à la fois une opportunité extraordinaire et un défi colossal.
Depuis des décennies, le continent est souvent envisagé au prisme de la pauvreté énergétique. Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Pourtant, ce même déficit signifie aussi que nombre de pays africains ne sont pas enfermés dans des infrastructures fossiles vieillissantes comme les économies industrialisées le sont. Ils ont la chance de bâtir des systèmes énergétiques plus propres dès le départ.
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Mohamed Adow est le fondateur et directeur de Power Shift Africa.
Lors de la Semaine londinienne d’action pour le climat, l’électrification est passée des marges de la politique climatique au centre du chemin vers la COP31. Le lancement de la campagne Electrify Now a donné un nouvel élan à un objectif évoqué lors des discussions climatiques de Bonn : d’ici 2035, l’électricité devrait représenter 35% de la consommation finale d’énergie mondiale, contre un peu plus de 20% aujourd’hui.
Cela fait de l’électrification l’un des tests déterminants de ce sommet climatique qui se tient cette année en Türkiye. Si la COP31 veut être autre chose qu’un simple exercice de rédaction de textes, elle doit démontrer comment le monde peut remplacer les combustibles fossiles dans les transports, le chauffage, l’industrie et le quotidien par une électricité propre.
Pour l’Afrique, ce programme présente à la fois une opportunité extraordinaire et un défi immense.
Depuis des décennies, le continent est avant tout envisagé à travers le prisme de la pauvreté énergétique. Plus de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à l’électricité. Et pourtant, ce manque crée aussi une porte d’entrée: il empêche d’être prisonnier des infrastructures fossiles vieillissantes comme les économies industrialisées le sont. Ils ont la chance de bâtir des systèmes énergétiques plus propres dès le départ.
La thèse en faveur de l’électrification est convaincante. Le transport, l’industrie et le chauffage représentent une part significative de la consommation mondiale de combustibles fossiles. Remplacer les moteurs à combustion par des véhicules électriques, remplacer les générateurs diesel par de l’énergie renouvelable et substituer le chauffage fossile par des alternatives électriques figure parmi les moyens les plus rapides de réduire les émissions tout en renforçant la sécurité énergétique. Les technologies électriques sont en outre bien plus efficaces, et l’électricité issue de ressources renouvelables est aujourd’hui la source la moins coûteuse pour une nouvelle production d’électricité dans une grande partie du monde.
L’Afrique dispose aussi d’un des plus grands patrimoines en énergie renouvelable sur Terre. Le continent bénéficie de certains des meilleurs ressources solaires mondiales. D’immenses corridors éoliens traversent l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe. L’énergie géothermique alimente déjà une part importante du système électrique kényan. Les ressources hydroélectriques demeurent significatives dans plusieurs régions.
Mais potentiel ne rime pas avec progrès.
Le plus grand obstacle n’est pas l’ensoleillement ou le vent manquant. C’est bien le manque d’investissement.
Barrières financières
Les pays africains paient certaines des coûts d’emprunt les plus élevés au monde, alors même qu’ils contribuent le moins au changement climatique. Des projets qui seraient rentables ailleurs deviennent prohibitifs à cause de taux d’intérêt élevés et de la perception d’un risque financier. Tant que le coût du capital ne baisse pas, beaucoup de pays auront du mal à construire des centrales d’énergie renouvelable, des lignes de transmission et des systèmes de stockage par batterie nécessaires pour électrifier leurs économies.
L’électricité elle-même représente un autre défi. Il est difficile de convaincre les populations d’acheter des véhicules électriques ou d’inciter les industries à électrifier leur production lorsque l’alimentation reste peu fiable. De nombreux réseaux nationaux nécessitent des investissements importants pour élargir l’accès, améliorer la fiabilité et accueillir des volumes croissants d’énergie renouvelable. Dans les zones rurales, des systèmes solaires et de batteries décentralisés offrent souvent la voie la plus rapide vers l’accès universel à l’électricité, mais ils nécessitent aussi des financements et des cadres politiques favorables.
La politique industrielle est tout aussi déterminante.
L’Afrique regorge de nombreux minéraux nécessaires pour les batteries et les technologies propres, mais trop souvent elle exporte des matières premières et importe des produits finis. Si l’électrification ne crée que de nouveaux marchés pour des batteries importées, des véhicules électriques et des équipements solaires, une grande partie des opportunités économiques sera perdue. La transition doit devenir une stratégie de développement industriel africain, créant des emplois qualifiés et captant davantage de valeur à partir des ressources du continent.
Des signes encourageants existent. L’Éthiopie a activement promu la mobilité électrique tout en cherchant à réduire sa dépendance au pétrole importé. Le Kenya est devenu un leader mondial dans l’électricité géothermique et connaît une croissance rapide des motos électriques. Le Maroc attire autour des énergies renouvelables et des chaînes d’approvisionnement en batteries.
L’électrification est en train de se produire
Ces exemples démontrent que l’électrification n’est plus une perspective lointaine. Ils restent toutefois des exceptions plutôt que la norme. Pour la plupart des pays africains, des réseaux peu fiables, des coûts d’emprunt élevés et un accès au financement limité freinent une transformation plus vaste. C’est précisément pourquoi l’agenda naissant de l’électrification compte autant.
Si le monde veut que l’électricité représente 35% de la demande finale d’énergie d’ici 2035, le succès ne peut pas se mesur er uniquement à l’annonce d’un objectif mondial. Il faut mesurer si les pays en développement disposent du financement, des technologies et du soutien politique nécessaires pour réaliser cette transition.
Pour l’Afrique, l’électrification ne se résume pas à la réduction des émissions. Il s’agit aussi de déterminer quel type de trajectoire de développement va suivre le continent le plus jeune et le plus dynamique du monde.
Plus d’un milliard de personnes vivent aujourd’hui en Afrique. D’ici le milieu du siècle, ce chiffre pourrait atteindre environ 2,5 milliards. Le continent est à l’aube d’une transformation économique majeure, avec des villes en expansion, des industries en plein essor et des centaines de millions de personnes qui réclament à juste titre l’énergie, la mobilité et la prospérité que d’autres ont déjà pu connaître.
Les militants s’opposent à la raffinerie kenyane projetée par Dangote pour des raisons climatiques et écologiques
Un tel développement nécessitera de grandes quantités d’énergie. La question est de savoir si cette énergie sera fournie selon l’ancien modèle fossile reposant sur l’importation de pétrole et les infrastructures gazières polluantes, ou via une électricité propre produite par les ressources renouvelables propres à l’Afrique.
Ceci est crucial pour l’Afrique. Mais cela compte aussi pour le monde. Une transition mondiale vers l’électrification ne peut réussir si un continent d’une telle envergure demeure prisonnier d’une nouvelle dépendance aux combustibles fossiles. Et elle ne peut être juste si l’Afrique est sommée de décarboner sans disposer des financements et des technologies nécessaires pour bâtir quelque chose de mieux.
Le choix qui s’impose à la COP31 n’est donc pas seulement celui de savoir si l’électrification va avoir lieu. Il s’agit de savoir si l’Afrique sera aidée à devenir un continent électrifié, alimentant son développement par une énergie propre, ou si elle sera retenue dans l’inaction et poussée à suivre le même chemin des combustibles fossiles qui a déjà déstabilisé le climat.
Pour que l’ère de l’électrification soit couronnée de succès, la COP31 doit veiller à ce que l’Afrique dispose des moyens pour façonner et accélérer ce processus. Si l’Afrique reste à la traîne, la transition énergétique mondiale s’en trouvera ralentie.