La plus haute cour maritime rejette une demande visant à suspendre l’enquête de l’ONU sur l’exploitation minière en haute mer

20 juillet 2026

Une enquête des Nations unies sur les entreprises d’exploitation en eaux profondes se poursuivra après que la plus haute cour maritime du monde a rejeté leur recours visant à suspendre l’enquête, déclenchée par une impulsion soutenue par les États‑Unis qui vise à extraire des minéraux critiques du plancher océanique.

Dans deux ordonnances émises samedi, le Tribunal international pour le droit de la mer (ITLOS) a refusé d’arrêter l’enquête lancée par l’Autorité internationale des fonds marins (ISA) sur la question de savoir si les titulaires de permis, notamment Tonga Offshore Mining Ltd (TOML) et Nauru Ocean Resources Inc (NORI), ont enfreint leurs obligations au titre des contrats d’exploration des Nations unies.

Les deux sociétés appartiennent à The Metals Company (TMC), une firme canadienne qui, plus tôt cette année, a sollicité des permis auprès des États‑Unis pour exploiter commercialement les fonds marins dans une zone déjà couverte par ses licences d’exploration de l’ONU, esquivant le processus réglementaire de l’ISA.

L’enquête a été ouverte après que l’initiative de TMC a soulevé des interrogations quant à la conformité de ses filiales avec leurs obligations contractuelles envers l’ISA, qui régule l’exploitation minière dans les eaux internationales selon la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM). TOML et NORI avaient poursuivi l’ISA en juin dernier, les accusant d’agir « en violation du droit à un procès équitable » et « sans bonne foi ».

Tout en permettant à l’enquête de se poursuivre, le tribunal a ordonné à l’ISA de veiller à ce que les sociétés bénéficient d’un dû processus. Les juges ont indiqué que le régulateur doit exposer clairement le fondement factuel et juridique de son enquête, préciser les procédures suivies et offrir à TOML et NORI une occasion significative de répondre.

Les sociétés envisagent d’extraire dans une zone appelée la Zone Clarion‑Clipperton (CCZ), qui recèle d’importantes réserves de minéraux critiques comme le nickel, le manganèse et les terres rares, mais qui abrite aussi un écosystème profond peu étudié, avec des milliers d’espèces non nommées.

En réponse à la décision du tribunal, l’ISA s’est félicitée de l’issue, affirmant que l’enquête « demeure en vigueur » et se poursuivra « dans le respect de toutes les exigences juridiques applicables ».

La semaine dernière, lors de sa réunion annuelle avec les gouvernements membres, Leticia Carvalho, secrétaire générale de l’ISA, a affirmé que les ressources du fond océanique constituent « l’héritage commun de l’humanité » et a réaffirmé le rôle de l’agence comme « plus important que jamais ».

TMC a également accueilli favorablement la décision du tribunal dans un communiqué et a soutenu que les juges ont décidé de « protéger les droits des filiales de TMC ».

« Des entrepreneurs comme NORI et TOML, qui ont ensemble dépensé des centaines de millions de dollars dans la promesse d’un cadre réglementaire équitable, devraient être informés de la base factuelle et juridique de toute enquête de non‑conformité, comprendre la procédure appliquée et bénéficier d’une occasion réelle de répondre », a déclaré Gerard Barron, PDG de The Metals Company.

Iridogorgia et corail bambou photographiés autour de l’unité Johnston Atoll du Monument national marin des îles éloignées du Pacifique (photo : NOAA Office of Ocean Exploration and Research)

Des organisations environnementales ont indiqué que la décision permet la poursuite des examens des actions des sociétés.

Louisa Casson, militante de Greenpeace sur la campagne contre l’exploitation en mer profonde, a déclaré que « l’ensemble du litige a été une dépense énorme de temps et d’argent », sentiments qu’elle attribue à une « tactique de distraction » typique du secteur, destinée à retarder les conséquences de l’enquête.

Alors que l’enquête est toujours en cours, le contrat NORI arrive à expiration cette semaine et fera l’objet d’un réexamen. Les gouvernements ont demandé à l’ISA de faire un nouveau bilan et de formuler des « recommandations appropriées » lors de la prochaine assemblée de l’ISA, l’organe décisionnel principal qui doit se réunir la semaine du 27 au 31 juillet.

Le tribunal a ordonné à l’ISA et à TMC de déposer un rapport sur la manière dont elles ont respecté la décision d’ici le 31 août, et a exhorté les deux parties à « coopérer et s’abstenir de toute action susceptible d’aggraver le différend ».

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.