L’impasse à Gaza : pourquoi la paix demeure hors de portée

23 juillet 2026

La semaine dernière, le « Conseil de paix » de Donald Trump a annoncé l’abandon de son plan complet de « relance de Gaza » au profit d’un petit projet pilote peu susceptible d’ouvrir avant la fin de l’année.

Le projet initial – ambitieux – pour reconstruire l’intégralité de l’enclave palestinienne, annoncé par le président américain lors du Forum économique mondial de Davos en janvier, prévoyait un plan de 100 jours visant à accroître considérablement les livraisons d’aide, à réparer les réseaux d’eau, d’électricité et d’égouts, et à reconstruire hôpitaux et boulangeries.

Presque rien de tout cela ne s’est produit, Israël ayant conservé le contrôle de l’ensemble du territoire. Le projet pilote tel qu’envisagé aujourd’hui se résume à un camp temporaire pour une très petite partie de la population palestinienne, accompagné d’une composante initiale d’une Force internationale de stabilisation. Cela semble ne pas progresser du tout, car même les travaux préparatoires pour le camp temporaire n’ont pas commencé.

Pendant ce temps, les Forces de défense israéliennes (FDI) ont poursuivi leurs opérations militaires à Gaza, avec plus d’un millier de Palestiniens tués depuis le début du cessez-le-feu d’octobre, selon le ministère palestinien de la Santé. Lors d’une frappe aérienne de l’armée cette semaine, six membres d’une même famille ont été tués, dont quatre enfants.

Les FDI ont également entrepris systématiquement de prendre le contrôle de davantage de territoire gazien qui avait été attribué initialement aux Palestiniens après la pause des combats d’octobre. Leurs unités contrôlent désormais plus de 60 % de la Bande de Gaza et une zone tampon, a rapporté la semaine dernière un officier supérieur des FDI, laissant plus de deux millions de Palestiniens entassés dans un peu plus de 30 % d’une région déjà extrêmement densément peuplée.

Désormais, il y a chez les analystes politiques israéliens l’hypothèse que le premier ministre Binyamin Netanyahou est obsédé par l’élection générale prévue le 27 octobre et cherchera à empêcher toute avancée vers la paix avant cette date.

Lui et ses alliés estiment que mettre fin à la guerre attirerait davantage l’attention sur l’échec de Netanyahou à empêcher l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023 et à vaincre le groupe au cours des trois années qui ont suivi, malgré la destruction de la majeure partie de Gaza, l’autorité sanitaire locale faisant état d’au moins 75 000 Palestiniens tués pendant cette période, et de nombreux autres portés disparus.

Le désir de Netanyahou de voir la guerre se poursuivre au moins jusqu’à la fin octobre s’inscrit dans le cadre de l’expansion des opérations israéliennes contre le Hezbollah au Liban et des menaces d’entreprendre de nouvelles actions militaires en Iran. L’armée est sous pression soutenue, avec une part importante de ses troupes en réserve, une tension aggravée par l’augmentation des violences anti-palestiniennes en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est – mais il faut gagner les élections.

Pour obtenir cette victoire, le rôle de Trump aux États‑Unis est crucial, et l’opinion intérieure devient déterminante, d’autant plus que les élections de mi-mandat arrivent à grands pas dans environ trois mois. Selon un sondage du Pew Research Center publié le mois dernier, 62 % des Américains affichent désormais une opinion défavorable d’Israël, contre seulement 32 % qui la considèrent favorablement.

Depuis des décennies, des présidents américains successifs ont maintenu un soutien fort à Israël, renforcé par l’opinion publique nationale, l’activisme évangélique, les organisations de plaidoyer pro-Israël, les réseaux de donateurs et un soutien bipartisan au Congrès. Le délitement de ce consensus, en particulier chez les électeurs plus jeunes, préoccupe sérieusement ceux qui entourent Trump à l’approche des midterms.

La rhétorique même de Trump laisse supposer que la poursuite, voire l’intensification, du conflit en Iran pourrait être perçue comme un moyen viable de mobiliser le soutien en faveur d’Israël et de son administration, malgré le coût déjà supporté par les États-Unis, estimé à 37,5 milliards de dollars. Cela explique en partie les récentes attaques nocturnes américaines ciblant des infrastructures iraniennes.

Alors, où en sommes-nous ? Le gouvernement Netanyahou a besoin que la guerre se poursuive et s’étende autant que possible, tandis que le Hamas et le Hezbollah poursuivront leurs actions paramilitaires mais pourraient être disposés à négocier, et les Houthis au Yémen agissent déjà pour contrôler l’accès à la mer Rouge via le détroit de Bab al‑Mandeb.

Le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) sort renforcé de ce conflit, en position dominante à Téhéran, tout en restant soumis à la théocratie. Il peut réprimer la dissidence intérieure et pense pouvoir résister plus longtemps que les États‑Unis. Enfin, Trump ne peut se permettre d’agir de quelque façon qui évoquerait un échec.

Parmi tous les États impliqués, Israël possède la plus grande capacité à briser l’impasse; les autres suivront son exemple, y compris les États‑Unis de Trump. Cela rend la paix peu probable. Autant que l’on puisse juger, le soutien à une solution à deux États parmi les Juifs israéliens a diminué depuis l’assaut du 7 octobre. L’idée selon laquelle Israël ne peut survivre dans un état de guerre permanente et doit chercher un compromis reste une minorité au sein des Juifs israéliens, malgré les implications génocidaires à Gaza.

Comme le souligne The Economist, l’élection israélienne actuelle « semble désormais être un choix entre une coalition ultranationaliste et religieuse qui affirme que seul le militarisme dur peut assurer l’avenir de l’État juif, et une nuée de partis d’opposition offrant une vision alternative qu’ils n’ont pas encore totalement définie ».

À court ou moyen terme, Israël sera confronté à un climat d’hostilité internationale tel que les actes de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) pourraient le contraindre à négocier, mais ce moment n’est pas encore venu.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.