Inde : financer l’adaptation climatique comme investissement, pas comme une solution rapide
31 août 2026
Anuradha Barua, Aakriti Wanchoo et Swapan Mehra viennent d’Iora Ecological Solutions, une société basée à New Delhi spécialisée dans les solutions basées sur la nature, l’action climatique, la conservation et les politiques environnementales.
Lorsque le village de Rojo Neog, dans le nord‑est de l’Inde, a été frappé par une coupure de courant en juillet, il est sorti pour acheter des bougies. Trois jours plus tard, son corps a été retrouvé – emporté par les eaux d’inondation qui montaient en crue. Sa nièce a raconté que l’eau était passée de la hauteur du genou à celle du cou en environ une demi‑heure.
Les inondations dévastatrices mettent en lumière à quel point le risque climatique en Inde devient plus difficile à limiter à une saison ou à un bulletin de catastrophe. À seulement quelques semaines du désastre en Assam, les autorités de Mumbai avaient rationné l’eau lorsque le stockage des réservoirs chutait à un peu plus de 10 %.
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Anuradha Barua, Aakriti Wanchoo et Swapan Mehra viennent d’Iora Ecological Solutions, une société basée à New Delhi spécialisée dans les solutions basées sur la nature, l’action climatique, la conservation et les politiques environnementales.
Lorsque le village de Rojo Neog, dans le nord‑est de l’Inde, a été frappé par une coupure de courant en juillet, il est sorti pour acheter des bougies. Trois jours plus tard, son corps a été retrouvé – emporté par les eaux d’inondation qui montaient en crue. Sa nièce a raconté que l’eau était passée de la hauteur du genou à celle du cou en environ une demi‑heure.
Les inondations dévastatrices mettent en lumière à quel point le risque climatique en Inde devient plus difficile à limiter à une saison ou à un bulletin de catastrophe. Juste quelques semaines avant le désastre en Assam, les autorités de Mumbai ont rationné l’eau alors que le stockage des réservoirs tombait à un peu plus de 10 %.
Inde ne manque pas d’avertissements sur le risque climatique. La tâche plus difficile consiste à s’assurer que l’argent, les institutions et les communautés sont prêts à agir avant que ces avertissements ne deviennent des catastrophes. L’adaptation ne doit pas être une obligation seulement lorsque la crise est arrivée, mais un investissement réalisé tant qu’il reste encore quelque chose à protéger.
Alors que les gouvernements se dirigent vers COP31 à Antalya en novembre prochain, l’Inde devrait pousser non seulement pour davantage de financement de l’adaptation, mais aussi pour un financement qui arrive plus tôt et qui peut être tracé jusqu’aux résultats concrets sur le terrain.
C’est l’écart que l’Inde doit combler si elle veut devenir vraiment résiliente face au climat qui change. L’argent doit suivre le risque, les institutions doivent savoir quoi faire avant qu’une urgence ne soit déclarée, et les dépenses à long terme doivent réduire la vulnérabilité avant que cela ne se transforme en perte.
Le décalage de l’adaptation en Inde
Cette année, le décalage est devenu douloureusement visible en Assam, où plus de 100 personnes sont décédées des suites des inondations, et près de 140 000 personnes réparties dans sept districts ont été touchées. Plus de 450 villages restent submergés, tandis qu’environ 49 000 personnes trouvent refuge dans des camps de secours après avoir tout perdu.
Aucun mécanisme de financement ne peut empêcher une rivière de monter. Mais des mesures prises en temps utile peuvent changer ce qui se produit avant que l’eau n’arrive. Si les prévisions et les niveaux de la rivière déclenchaient le financement avant l’arrivée des eaux, les autorités pourraient positionner des bateaux, approvisionner les refuges et évacuer les personnes là où cela est nécessaire, tandis que les familles pourraient déplacer le bétail, les semences, les médicaments et les documents avant que les routes ne disparaissent.
Pour les travailleuses indiennes, une transition juste signifie survivre aux impacts climatiques avec dignité
L’Inde dispose déjà de la majeure partie des informations nécessaires pour faire face au changement climatique. Les États et les districts à haut risque devraient convenir préalablement des seuils locaux qui déclenchent l’action, de qui est responsable et de la manière dont les fonds seront débloqués, afin que les autorités n’aient pas à négocier les responsabilités et les budgets à partir de zéro lorsque le risque devient une urgence.
Relier le savoir communautaire au financement
Notre travail à Majuli, une région insulaire fluviale de l’Assam, montre pourquoi cela importe.
Dans 64 villages, les communautés ont aidé à identifier les risques d’inondation et d’érosion, à évaluer leur capacité de réaction et à élaborer des mesures de résistance avec des budgets indicatifs et des sources de financement possibles.
Les communautés savent souvent ce qui serait utile; la tâche la plus ardue est de relier ce savoir aux institutions et au financement susceptibles d’agir.
La chaleur extrême coûte 2 % du PIB des travailleurs les plus pauvres en Inde, selon une enquête
La santé publique illustre un exemple de la manière dont les systèmes peuvent s’adapter lorsque les risques évoluent. À New Delhi, les agents de contrôle des vecteurs qui anticipaient autrefois une « saison dengue » définie restent désormais en alerte tout au long de l’année, utilisant la surveillance et la cartographie des zones à risque pour identifier les dangers plus tôt.
La prochaine étape consiste à rendre ces systèmes plus prévisibles en intégrant les prévisions climatiques dans la planification de la santé publique.
L’Inde a besoin d’un investissement soutenu dans le drainage, les systèmes de santé, les zones humides, la sécurité hydrique et l’agriculture résistante au climat. Certaines responsabilités resteront publiques; d’autres, notamment la réutilisation de l’eau, l’irrigation efficiente, les chaînes du froid résilientes et les infrastructures à l’épreuve des risques, peuvent générer des économies ou des revenus et attirer des capitaux privés si les projets sont bien préparés.
La logique économique de l’adaptation ne repose pas toujours sur la création de nouveaux revenus. Souvent, il s’agit d’éviter des coûts futurs. Les refuges anti‑inondation, la préparation à la santé publique, les systèmes d’alerte précoce et l’appui aux ménages les plus pauvres continueront d’exiger un financement public ou des subventions. L’objectif est d’aligner le financement sur le risque plutôt que de traiter l’adaptation comme un seul problème de financement.
Un agriculteur de canne à sucre retire les mauvaises herbes qui ont poussé dans l’eau d’inondation dans le district de Kolhapur, Maharashtra, Inde. Crédit : Meenal Upreti
Un agriculteur de canne à sucre retire les mauvaises herbes qui ont poussé dans l’eau d’inondation dans le district de Kolhapur, Maharashtra, Inde. Crédit : Meenal Upreti
La facture croissante des catastrophes révèle le coût de l’inaction
L’Inde dépense déjà massivement pour l’adaptation, avec des dépenses liées qui atteignent 5,6 % du PIB en 2021‑22. Pourtant, le financement d’adaptation suivi s’élevait à environ 15 milliards de dollars par an, presque entièrement provenant de sources publiques nationales, tandis que les besoins estimés étaient d’environ 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2030.
À l’échelle internationale, le déficit est encore plus large: les pays en développement pourraient avoir besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an d’ici 2035, contre seulement 26 milliards de dollars de financement public international pour l’adaptation en 2023.
Pour des gouvernements qui paient à répétition pour des secours lors d’inondations, de sécheresses et de vagues de chaleur, le coût de l’inaction peut rapidement dépasser celui de la construction de la résilience, même si tous les coûts de l’inaction ne figurent pas clairement sur un bilan.
Dans les paysages de plaine inondable tels que le Kaziranga National Park de l’Assam, les animaux se déplacent vers des zones plus élevées à chaque mousson lorsque la plaine se remplit d’eau, traversant les routes et quittant le parc à la recherche de sécurité. Lors des inondations de 2024, 215 animaux sont morts, dont 13 rhinos à une corne.
Les plans de développement dans de tels paysages sensibles doivent laisser de la place pour que l’eau, la faune et les communautés puissent se déplacer en toute sécurité. Une zone humide peut ne pas générer de revenus monétaires, mais l’eau d’inondation qu’elle stocke a une valeur réelle. Le coût de la perte de cette capacité peut n’apparaître que lorsque la prochaine inondation survient.
Note : L’adaptation climatique en Afrique nécessite des investissements, pas des solutions importées
Le succès ne devrait pas être mesuré uniquement par la rapidité avec laquelle des secours arrivent après une catastrophe. Il devrait aussi être mesuré par ce qui n’a pas dû être remplacé: des personnes et des animaux déplacés avant que l’eau monte, des semences conservées au sec, des médicaments qui attendent à l’abri, une zone humide encore capable de retenir l’eau, et une famille qui peut partir pendant que la route est encore praticable.
L’adaptation devient un investissement lorsqu’elle préserve ces choix avant qu’ils ne s’évaporent.
Françoise Perrin
Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.