Inde : financer l’adaptation climatique comme investissement, pas comme une solution rapide

31 août 2026

Anuradha Barua, Aakriti Wanchoo et Swapan Mehra viennent d’Iora Ecological Solutions, une société basée à New Delhi spécialisée dans les solutions basées sur la nature, l’action climatique, la conservation et les politiques environnementales.

Lorsque le village de Rojo Neog, dans le nord‑est de l’Inde, a été frappé par une coupure de courant en juillet, il est sorti pour acheter des bougies. Trois jours plus tard, son corps a été retrouvé – emporté par les eaux d’inondation qui montaient en crue. Sa nièce a raconté que l’eau était passée de la hauteur du genou à celle du cou en environ une demi‑heure.

Les inondations dévastatrices mettent en lumière à quel point le risque climatique en Inde devient plus difficile à limiter à une saison ou à un bulletin de catastrophe. À seulement quelques semaines du désastre en Assam, les autorités de Mumbai avaient rationné l’eau lorsque le stockage des réservoirs chutait à un peu plus de 10 %.

La facture croissante des catastrophes révèle le coût de l’inaction

L’Inde dépense déjà massivement pour l’adaptation, avec des dépenses liées qui atteignent 5,6 % du PIB en 2021‑22. Pourtant, le financement d’adaptation suivi s’élevait à environ 15 milliards de dollars par an, presque entièrement provenant de sources publiques nationales, tandis que les besoins estimés étaient d’environ 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2030.

À l’échelle internationale, le déficit est encore plus large: les pays en développement pourraient avoir besoin de 310 à 365 milliards de dollars par an d’ici 2035, contre seulement 26 milliards de dollars de financement public international pour l’adaptation en 2023.

Pour des gouvernements qui paient à répétition pour des secours lors d’inondations, de sécheresses et de vagues de chaleur, le coût de l’inaction peut rapidement dépasser celui de la construction de la résilience, même si tous les coûts de l’inaction ne figurent pas clairement sur un bilan.

Dans les paysages de plaine inondable tels que le Kaziranga National Park de l’Assam, les animaux se déplacent vers des zones plus élevées à chaque mousson lorsque la plaine se remplit d’eau, traversant les routes et quittant le parc à la recherche de sécurité. Lors des inondations de 2024, 215 animaux sont morts, dont 13 rhinos à une corne.

Les plans de développement dans de tels paysages sensibles doivent laisser de la place pour que l’eau, la faune et les communautés puissent se déplacer en toute sécurité. Une zone humide peut ne pas générer de revenus monétaires, mais l’eau d’inondation qu’elle stocke a une valeur réelle. Le coût de la perte de cette capacité peut n’apparaître que lorsque la prochaine inondation survient.

Note : L’adaptation climatique en Afrique nécessite des investissements, pas des solutions importées

Le succès ne devrait pas être mesuré uniquement par la rapidité avec laquelle des secours arrivent après une catastrophe. Il devrait aussi être mesuré par ce qui n’a pas dû être remplacé: des personnes et des animaux déplacés avant que l’eau monte, des semences conservées au sec, des médicaments qui attendent à l’abri, une zone humide encore capable de retenir l’eau, et une famille qui peut partir pendant que la route est encore praticable.

L’adaptation devient un investissement lorsqu’elle préserve ces choix avant qu’ils ne s’évaporent.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.