Les technophiles diront que la géoingénerie nous sauvera, ce n’est pas le cas.

5 septembre 2026

Pour ceux qui suivent l’actualité, il n’est pas surprenant que le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (UNEP) rapporte que nous franchirons désormais de manière inévitable le seuil moyen mondial de température de 1,5 °C au‑dessus des niveaux préindustriels.

Les climatologues comme moi tirent le signal d’alarme depuis des années: nous sommes sur le point de traverser cette ligne rouge invisible, tout en craignant en privé que les moyennes planétaires finissent par atteindre le double de ce chiffre. Personnellement, j’ai tourné la page de 1,5 °C il y a plusieurs années, mais il demeure impressionnant de voir ce chiffre inscrit noir sur blanc, et ce, par l’ONU elle‑même.

L’objectif consistant à limiter le réchauffement à 1,5 °C au‑dessus des températures préindustrielles n’est pas une ligne rouge inatteignable; car tout réchauffement porte des risques, mais il est pertinent car limiter le réchauffement à 1,5 °C nous donne une chance raisonnable d’éviter certains des impacts les plus graves du réchauffement climatique. Nous avons déjà entrevu cela à travers les innombrables vagues de chaleur, incendies, inondations, sécheresses et tempêtes qui ont fait la une cette année.

Chaque décimètre de degré compte: chaque dixième de degré de réchauffement produit des effets réels sur la vie et les moyens de subsistance des populations, sur leurs biens et augmente le risque des phénomènes extrêmes qui ont déjà provoqué des pertes humaines tragiques. Cela accroît aussi la probabilité de franchir des points de bascule critiques comme l’effondrement de la calotte glaciaire de l’Antarctique occidental, au‑delà duquel il n’y a plus de retour possible.

Nous avons déjà connu des années qui ont dépassé la limite de 1,5 °C, mais l’objectif largement discuté de l’Accord de Paris repose sur une moyenne sur plusieurs années. Cela signifie que nous ne saurons que lorsque le calcul sera fait sur plusieurs années, mais il est aussi possible de « dépasser » 1,5 °C, atteindre temporairement des températures plus élevées, puis les ramener — et c’est désormais le meilleur scénario décrit par le PNUE.

Cela impliquerait de prendre des mesures drastiques pour ramener les températures à la baisse plutôt que de les pousser sans cesse vers le haut. Et dans le climat politique actuel, cela peut sembler un peu tiré par les cheveux.

Les températures ne se stabiliseront pas tant que nous n’aurons pas atteint zéro émission nette, c’est‑à‑dire lorsque nous retirons autant de CO₂ de l’atmosphère que nous en ajoutons. D’ici là, nous continuerons d’augmenter les concentrations de gaz à effet de serre et de faire monter le thermostat. La neutralité carbone n’est pas un luxe, malgré ce que certaines franges du paysage politique veulent vous faire croire; c’est indispensable si l’on veut une planète habitable.

En fait, le dernier rapport du PNUE souligne la nécessité d’agir au‑delà de zéro émission nette:

Une fois que nous aurons limité le réchauffement à 2 °C ou en dessous — ce qui aujourd’hui semble optimiste — il faudra déployer la suppression du CO₂ de l’atmosphère (CDR) à grande échelle afin de réduire les températures.

La CDR est souvent associée à des solutions technologiques avancées pour aspirer le dioxyde de carbone de l’atmosphère, mais elle peut aussi signifier l’une des technologies les plus anciennes du monde: les arbres. C’est pourquoi restaurer la nature et prévenir la déforestation est si important pour l’action climatique.

Mais le PNUE indique que la CDR ne fonctionne que si nous limitons le réchauffement à 2 °C ou moins. À mesure que les enjeux du réchauffement augmentent, une autre idée passe du bord de la scène au centre des débats: la géo-ingénierie, ou interventions technologiques délibérées destinées à modifier le climat terrestre.

La géo-ingénierie est un spectre, allant du plus raisonnable et bien étudié (l’injection de particules dans la stratosphère pour réfléchir une partie de la lumière du soleil et refroidir la surface, comme le font les grandes éruptions volcaniques) jusqu’à des propositions carrément farfelues (lancer des miroirs dans l’espace — vous devinez quels intérêts pourraient aimer cela). Et si des discussions scientifiques sensées existent sur la manière de la mettre en œuvre, il y a aussi d’importants obstacles éthiques et de gouvernance à surmonter.

Les techno‑frères diront que la géo‑ingénierie nous sauvera et nous permettra de continuer ce que nous faisons tout en « réparant » le changement climatique. Mais méfiez‑vous de tout argument qui minimise l’importance des réductions d’émissions. Nous ne pouvons pas simplement recourir à la géo‑ingénierie comme solution de rechange.

Par exemple: qui décide du moment où déployer une intervention? Que se passe-t-il si une intervention améliore la situation pour certains et la détériore pour d’autres? Comment se protéger contre des acteurs mal intentionnés qui agissent unilatéralement? Ces questions restent pour l’essentiel sans réponse, et cela sans même aborder les questions scientifiques autour des conséquences imprévues, comme perturber la chaîne alimentaire arctique en tentant de regeler la glace, ou ce qui se passe si l’on arrête l’intervention, provoquant ce qu’on appelle un choc de terminaison, où les températures repartiraient à la hausse avec des effets dévastateurs.

Dans un sens, la crise climatique est plutôt simple: nous émettons du CO₂ qui réchauffe la planète, et c’est cela qui la chauffe. Pour inverser la tendance, il faut d’abord arrêter d’en ajouter, puis commencer à l’en retirer.

La bonne nouvelle est que nous savons ce qu’il faut faire pour y parvenir. L’action climatique est moins une question de connaissance que de mise en œuvre.

Les partisans de la géo-ingénierie soutiennent qu’elle n’est pas un choix binaire entre réductions d’émissions et interventions majeures. Mais dans un monde où les ressources sont limitées, des solutions coûteuses et non prouvées de géo-ingénierie ne devraient pas être prioritaires; au contraire, il faut privilégier les mesures simples que nous savons efficaces: décarboniser la production d’énergie, améliorer les transports publics, rénover et construire des logements plus écologiques, réduire la consommation de viande et de produits laitiers, restaurer les écosystèmes naturels.

  

Cela dit, nous sommes désormais engagés dans un certain niveau de changement, et nous devons nous y adapter. Cela signifie qu’il faut nous préparer à la montée du niveau de la mer et adapter les sociétés, les comportements et les infrastructures à un climat moins prévisible et plus extrême.

Si l’été 2026 a montré quelque chose au Royaume‑Uni, c’est que nos maisons, écoles, lieux de travail, réseaux ferroviaires, services d’urgence, infrastructures électriques et transports publics ne sont tout simplement pas adaptés à la chaleur. Ils ne sont pas non plus conçus pour résister à l’automne et à l’hiver humides et propices aux tempêtes et inondations qui s’annoncent. Nous ne sommes pas prêts pour faire face à un climat qui s’intensifie rapidement et aux vagues météorologiques extrêmes qui l’accompagnent. En somme: notre infrastructure a été bâtie pour un climat qui n’existe plus.

Pour survivre aux décennies à venir, il nous faut intégrer la préparation et la résilience climatique dans notre société.

Après ce que l’été le plus chaud jamais enregistré a révélé, il est clair que nous devons réduire les émissions pour sauver des vies et, en même temps, nous préparer aux changements désormais inévitables.

Les géo-ingénieurs ont raison sur un point: ce n’est pas un choix binaire. Il faut réduire les émissions jusqu’à zéro et aussi retirer du carbone de l’atmosphère et s’adapter à ce qui nous attend. Il n’y a pas d’autre option sûre.

Dr. Ella Gilbert est une climatologue et présentatrice multi‑primée, titulaire d’un doctorat en changement climatique antarctique.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.