Piers Forster est professeur de Changement Climatique Physique et directeur du Priestley Centre for Climate Futures à l’Université de Leeds. Il a déjà été auteur principal sur plusieurs rapports d’évaluation du GIEC.
Les preuves d’un climat qui change rapidement et notre compréhension scientifique améliorée obligent les nations à agir, mais pas toujours de la bonne manière. La science elle‑même fait face à des blocages organisés et bien orchestrés.
Les conséquences de la politisation des preuves se font désormais sentir comme jamais, en particulier à l’approche d’une réunion climatique intergouvernementale cruciale qui se tient à Addis‑Abeba cette semaine.
Ennemis de la science ?
La grande majorité des gouvernements — en Europe, en Afrique, en Asie du Sud‑Est, en Amérique latine et surtout les petits États insulaires en développement qui se trouvent en première ligne des impacts climatiques — souhaitent que les trois volets principaux du rapport d’évaluation actuel du GIEC (AR7) soient achevés d’ici la fin 2028. Cela signifierait que ses conclusions puissent éclairer le prochain Global Stocktake — le processus quinquennal instauré par l’Accord de Paris où les gouvernements évaluent les progrès de l’action climatique et, idéalement, s’engagent à redoubler d’efforts.
À l’encontre de cette vision se dresse un petit groupe de grands émetteurs déterminés à ce que le prochain rapport du GIEC sur l’atténuation — c’est‑à‑dire la réduction des émissions qui chauffent le climat — ne voie pas le jour avant ce moment politique crucial de décision.
Les figures de proue de ce groupe sont l’Arabie saoudite et l’Inde, avec quelques autres comme la Russie qui restent en arrière‑plan. La présence des Saoudiens ici était tout à fait attendue, mais celle de l’Inde est plus surprenante, compte tenu de l’engagement louable du président Narendra Modi en faveur d’une économie d’énergie propre, notamment à travers son leadership de l’Initiative solaire internationale.
Alors que la science est attaquée lors des pourparlers de l’ONU, le mouvement climatique se divise sur la manière d’y répondre
Sous des prétextes d’accorder aux auteurs plus de temps, ou de rendre le processus plus équitable quant à qui peut contribuer, ils cachent un mobile : si le rapport sur l’atténuation est retardé au‑delà du prochain Stocktake mondial, les mêmes gouvernements qui l’ont retardé soutiendront que le Stocktake ne peut raisonnablement discuter des actions d’atténuation vitales sans le dernier rapport, retardant ainsi des accords plus ambitieux sur la réduction des émissions de cinq années supplémentaires.
Il est du devoir de chaque gouvernement qui affirme se soucier du climat de s’opposer à une telle avancée rétrograde. Toutefois, des signes inquiétants indiquent que certains gouvernements, qui exercent une grande influence au sein du système du GIEC, pourraient céder prochainement.
No time to appease
Ce qui semble se produire, face à des signaux montrant que l’Arabie saoudite, par exemple, est prête à bloquer le budget du GIEC s’il n’obtient pas satisfaction, est que certains gouvernements se tournent vers l’apaisement, c’est‑à‑dire à la publication du rapport sur l’atténuation seulement après que le Stocktake aura été achevé — afin de maintenir le processus en mouvement — mieux un accord imparfait que pas d’accord du tout.
Cela constituerait une grave erreur de jugement, pour deux raisons.
La première est que l’apaisement n’arrêtera pas les opposants qui cherchent à bloquer l’action climatique — bien au contraire. Leur accorder du terrain ne ferait que les encourager à proposer d’autres obstacles, tels que de nouveaux retards et des débats sur le contenu du rapport, ou encore à minimiser et exclure les sciences des Nations Unies et non‑ONU dans d’autres enceintes, comme les pistes de négociation scientifiques de la CCNUCC.
La seconde raison est que céder serait une trahison envers les communautés des pays touchés par le changement climatique à travers le monde. En Inde même, 90 % de la main‑d’œuvre travaille en plein air dans des conditions informelles et les températures dépassent largement 40 °C — il est donc souhaitable de maîtriser le réchauffement planétaire aussi rapidement que possible, pour la santé humaine autant que pour la productivité économique.
Le manque de financement menace la prochaine série de rapports de science climatique du GIEC, avertit le président
Pour le Royaume‑Uni, c’est le moment de demeurer ferme dans le soutien à une issue qui sert manifestement les intérêts des populations nationales et mondiales. Le Royaume‑Uni bénéficie d’un parcours distingué dans la science climatique internationale, étant le seul pays à avoir fourni deux présidences au GIEC, y compris celle qui est en cours sous la direction de Jim Skea.
Les impacts climatiques observés dans le monde cette année — des vagues de chaleur mortelles en Europe jusqu’aux inondations dévastatrices au Népal — démontrent qu’il n’est pas envisageable d’attendre. L’action climatique doit être accélérée. Obtenir la bonne décision cette semaine, afin que les dernières preuves puissent être mises en œuvre au moment opportun, est essentiel.
Le monde sera attentif et comptera sur les gouvernements pour demeurer fermes et défendre la nécessité de livrer une science climatique pertinente et opportune pour nous tous.