Alex Maitland, Nafkote Dabi et Pubudini Wickramaratne travaillent sur le climat et les inégalités pour Oxfam International.
Peu d’endroits sur Terre ont échappé aux effets mortels de l’effondrement climatique en 2026. Dans la première moitié de l’année, des inondations dévastatrices ont traversé le Ghana, le Nigeria, la Côte d’Ivoire et d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, tandis que des inondations éclair en août au Népal, provoquées par l’effondrement d’un glacier, ont touché plus de 80 000 personnes.
L’Inde a connu une vague de chaleur extrême prolongée au mois de mai, suivie de la mousson la plus faible depuis vingt ans. Les décès en excès liés aux vagues de chaleur en Europe pourraient avoir dépassé les 50 000. Et 2026 s’inscrit comme l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées.
Les effets de ces catastrophes n’ont pas été causés ni ressentis de manière égale. Les catastrophes discriminent: moins on a, plus on risque de tout perdre.
Tandis que des gens ordinaires mouraient de chaleur, les ultra-riches fabriquaient des chambres froides dans leurs manoirs. Alors que des familles fuyaient les feux de forêt, les riches étaient évacués en hélicoptère vers des hôtels cinq étoiles. Tandis que des inondations éclair effaçaient des villages entiers, des propriétés de luxe restaient protégées par des systèmes privés de défense contre les inondations haut de gamme.
Ce qui est d’autant plus révoltant, c’est que les mêmes personnes qui ont le plus contribué au chaos climatique peuvent se permettre de se mettre à l’abri de ses effets et recherchent désormais de nouvelles façons de tirer profit du désastre.
Le dernier rapport d’Oxfam, « Disaster Divide », expose exactement comment l’effondrement climatique accroît les inégalités et enrichit une toute petite élite.
Émissions inégales
Les milliardaires et les ultra-riches dégradent la planète à un rythme extrêmement disproportionné. Les 0,1 % les plus riches (environ 8 millions de personnes) émettent plus de carbone que les 3,5 milliards les plus pauvres, soit près de la moitié de l’humanité.
Il n’existe sans doute pas de symbole plus évident des émissions gaspillées que les voyages en jet privé. Toutes les deux secondes, les jets privés du monde émettent plus de carbone que ce que pourrait émettre une personne des 50 % les plus pauvres du monde en une année entière.

Mais les impacts climatiques des ultra-riches vont bien au-delà de leur style de vie luxueux. La manière dont ils placent leurs fortunes influence les infrastructures à forte émission de carbone qui seront construites.
Environ 70 % des investissements des milliardaires se dirigent vers les « secteurs à fort impact climatique » tels que le pétrole, le gaz ou les produits chimiques. Les dégâts économiques liés aux investissements individuels de milliardaires peuvent atteindre des milliards de dollars. Les investissements de l’oligarque mexicain Carlos Slim, par exemple, ont causé 3,7 milliards de dollars de dommages environnementaux en 2024, et le titan français de la mode Bernard Arnault, propriétaire de Louis Vuitton, serait responsable de 1,7 milliard de dollars de dégâts, selon nos calculs.
Les émissions des riches alimentent les catastrophes climatiques
Pour la première fois, Oxfam combine les données sur l’inégalité des émissions du Stockholm Environment Institute (SEI) avec des modèles d’attribution climatique pour relier les émissions des ultra-riches aux phénomènes météorologiques extrêmes.
Les plus riches 1 % sont responsables de 20 % du réchauffement mondial depuis 1990, soit 100 fois plus par personne que quelqu’un appartenant à la moitié la plus pauvre de l’humanité.
Les données montrent aussi comment les riches augmentent la probabilité des épisodes de chaleur extrême: une personne du 0,1 % des plus riches a contribué 125 fois plus que la moyenne à des épisodes de chaleur extrême.
L’inégalité est ce qui transforme les phénomènes météorologiques extrêmes en catastrophe. Dans les pays plus inégaux, les catastrophes entraînent des bilans de morts plus élevés, causent des dégâts plus importants et touchent davantage de personnes.
L’inégalité détermine aussi qui peut survivre, endurer et se remettre. Une étude sur les inondations à Mumbai, en Inde, a révélé que les ménages à faible revenu devaient dépenser 15 fois plus que les ménages riches pour réparer et remplacer les biens endommagés.
Les milliardaires échappent aux conséquences climatiques
Les impacts climatiques sont également profondément inégalitaires selon le genre. Un examen de 130 études a montré que les femmes et les filles étaient plus touchées que les hommes et les garçons par les effets sanitaires liés au climat dans 68 % des cas. Les catastrophes climatiques aggravent les inégalités de genre préexistantes: la violence basée sur le genre augmente pendant et après les événements météorologiques extrêmes, et deux tiers des études identifient une augmentation des violences entre partenaires ou domestiques après les inondations, les tempêtes ou les sécheresses.
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Pour des millions de personnes, les conséquences du chaos climatique vont encore plus loin: être forcé de quitter leur domicile et leurs communautés. Le Programme des migrations de l’ONU prévoit que, si la communauté internationale n’agit pas, jusqu’à 1 milliard de personnes (environ 10 % de la population mondiale) pourraient être déplacées d’ici 2050. La majorité des déplacés se trouvera dans le Sud global, mais les riches les rejoignent discrètement.
Les milliardaires achètent des îles et construisent des complexes fortifiés ainsi que des bunkers souterrains — les milliardaires de la tech jouent un rôle de plus en plus prépondérant dans cette tendance. Il s’agit d’une forme d’apartheid climatique: les ultra-riches utilisent leur richesse et leur pouvoir pour échapper aux conséquences des crises qu’ils ont en grande partie contribué à créer.


Détruire le système alimentaire
Le changement climatique réduit la production alimentaire et fait monter les prix des denrées. Les ménages à faible revenu sont davantage exposés à la hausse des prix alimentaires, car cela représente la part la plus importante de leurs dépenses totales. Les personnes vivant dans des pays à faible revenu ou à revenu moyen inférieur consacrent presque trois fois plus de leur revenu à l’alimentation que celles vivant dans des pays à revenu élevé.
Certaines des personnes les plus riches du monde et leurs entreprises tirent directement profit en profitant de la hausse des prix des denrées et d’une production alimentaire inégale pour engranger d’importants profits.
En 2024, des conditions climatiques extrêmes ont nui aux récoltes de cacao en Afrique de l’Ouest, ce qui a provoqué une hausse des prix d’environ 230 % d’une année sur l’autre, sans que les producteurs de cacao n’en tirent profit. La même année, de fortes pluies en Indonésie et des sécheresses au Brésil et au Vietnam ont contribué à une flambée des prix du café, avec une augmentation de 39 % par rapport à la moyenne de l’année précédente. Les sociétés de négoce du café, intermédiaires des chaînes d’approvisionnement, ont enregistré d’importants profits en conséquence.


Profiter du désastre
Les entreprises ont longtemps gagné des sommes énormes en dégradant la planète. Aujourd’hui, les débris eux-mêmes deviennent un marché lucratif. Le marché mondial de la reprise après catastrophe devrait passer de 70 milliards de dollars à 92 milliards de dollars par an d’ici 2029, en partie sous l’effet de la fréquence croissante des événements climatiques extrêmes.
Souvent, les mêmes personnes qui tirent profit en alimentant le dérèglement climatique tirent également parti des nettoyages après les catastrophes. Pour étudier cette tendance, Oxfam a constitué un échantillon de 217 entreprises qui tirent profit d’activités économiques qui soit alimentent les catastrophes climatiques, soit renforcent la résilience avant leur survenue, soit œuvrent à réparer les dégâts. Nous avons baptisé cet indice « Détruire puis reconstruire ».
Les entreprises de l’« Indice Détruire et Reconstruire » ont généré en moyenne 1,8 milliard de dollars en 2025, et versé en moyenne plus d’un milliard de dollars à leurs actionnaires. Dix sociétés de gestion d’actifs détiennent des investissements dans plus de 90 % de ces entreprises, BlackRock et Vanguard investissant dans 92 % des entreprises de l’indice: leurs investissements combinés dans ces sociétés dépassent 1 000 milliards de dollars.
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Les procédés par lesquels les ultra-riches exploitent les catastrophes ne s’arrêtent pas à un simple intérêt financier cynique. Les efforts de relèvement ont aussi servi à pousser la privatisation des services publics et à déréguler, remodelant les communautés d’une manière qui profite davantage aux intérêts privés qu’aux personnes touchées.
Après l’ouragan Irma qui a détruit Barbuda en 2017, la reconstruction a ouvert la voie à des résidences de luxe et à un terrain de golf sur des terres qui comprenaient des zones côtières et des zones humides naturelles. Cela a restreint l’accès à la mer pour de nombreux pêcheurs et habitants. À Porto Rico, les suites d’Ouragan Maria ont été utilisées pour faire avancer la privatisation du réseau électrique de l’île. Depuis lors, le réseau a connu des défaillances généralisées, dont une panne d’électricité en avril 2022 qui a laissé tout le pays sans énergie.


Faire payer les pollueurs riches
Le dérèglement climatique résulte de choix politiques et d’un système économique qui protège la richesse et le pouvoir des pollueurs tout en laissant aux autres le soin d’en payer le prix. Ce n’est ni juste ni durable. Il faut que cela change.
Les gouvernements réunis à la COP31 doivent s’engager à réduire les émissions excessives des ultra-riches grâce à des impôts sur la fortune, les revenus et la consommation de luxe fortement émettrice de carbone, comme les jets privés et les mega-yachts. Ces mesures permettront de générer les financements climatiques publics dont les pays du Sud global ont urgemment besoin pour s’adapter, se remettre et se reconstruire sans s’endetter davantage.
Les gouvernements doivent également tracer une ligne dure contre le capitalisme de la catastrophe, refusant que les entreprises transforment la souffrance humaine en valeur pour les actionnaires.