Irene Vélez Torres est l’ancienne ministre de l’Environnement et du Développement durable (2025-2026) et ancienne ministre des Mines et de l’Énergie (2022-2023) de la Colombie. L’hon. Ralph Regenvanu est le ministre vanuatuan du Changement climatique, de l’Adaptation, de la Météorologie et des Géorisques, et de l’Énergie.
Les gouvernements se réuniront la semaine prochaine à Antalya, en Türkiye, pour la COP31, le sommet annuel sur le climat des Nations Unies. Il y a trois ans, au même sommet à Dubaï, presque tous les pays du monde s’étaient entendus, pour la première fois, sur la nécessité de transformer les systèmes énergétiques en les éloignant des combustibles fossiles.
Il n’existe toujours aucun accord sur la manière de procéder ni sur les points de départ. L’un de nous gouvernait un pays producteur de combustibles fossiles dans l’Amazonie; l’autre sert un État insulaire du Pacifique qui n’a jamais extrait un baril de pétrole. Nous avons tous les deux cherché à répondre à cette question de l’intérieur de nos gouvernements, et nous voulons partager ce que nous avons appris avec les ministres qui tenteront ensuite.
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Irene Vélez Torres est l’ancienne ministre de l’Environnement et du Développement durable (2025-2026) et ancienne ministre des Mines et de l’Énergie (2022-2023) de la Colombie. L’hon. Ralph Regenvanu est le ministre vanuatuan du Changement climatique, de l’Adaptation, de la Météorologie et des Géorisques, et de l’Énergie.
Les gouvernements se réuniront la semaine prochaine à Antalya, en Türkiye, pour la COP31, le sommet annuel sur le climat des Nations Unies. Il y a trois ans, au même sommet à Dubaï, presque tous les pays du monde s’étaient entendus, pour la première fois, sur la nécessité de transformer les systèmes énergétiques en les éloignant des combustibles fossiles.
Il n’existe toujours aucun accord sur la manière de procéder ni sur les points de départ. L’un de nous gouvernait un pays producteur de combustibles fossiles dans l’Amazonie; l’autre sert un État insulaire du Pacifique qui n’a jamais extrait un baril de pétrole. Nous avons tous les deux cherché à répondre à cette question de l’intérieur de nos gouvernements, et nous voulons partager ce que nous avons appris avec les ministres qui tenteront ensuite.
Les zones sans combustibles fossiles constituent une étape ambitieuse
Aucun de nos pays n’est riche. En 2024, les combustibles fossiles couvraient encore plus des trois quarts des besoins énergétiques de la Colombie, et les recettes provenant du charbon et du pétrole aident à financer les écoles et les hôpitaux. À Vanuatu, les enfants de Port-Vila étudient encore dans des tentes trois ans après que le dernier cyclone a détruit leurs salles de classe.
Nous avons tous deux relevé le défi de la transition juste à partir de positions vulnérables, avec peu de soutien des pays qui portent la responsabilité d’agir en premier et rapidement. Toutefois, nous avons choisi de mener avec ambition.
Les événements de cette année ont renforcé l’argument en faveur d’une fin progressive des combustibles fossiles. Lorsque le détroit d’Ormuz a été pratiquement fermé en février, le monde a subi ce que le chef de l’Agence internationale de l’énergie a décrit comme le plus grand choc d’approvisionnement énergétique de l’histoire.
La crise énergétique qui en a résulté a poussé des pays réunis à Santa Marta — 57 pays représentant près de la moitié du PIB mondial et environ 20 % de l’approvisionnement mondial en combustibles fossiles — à œuvrer pour une transition gérée, équitable et juste loin des combustibles fossiles.
Le choc énergétique mondial en cours a mis au jour les limites de notre système actuel et le fait que notre dépendance persistante aux combustibles fossiles est insoutenable, tant pour les personnes que pour la planète.
Dans ce cadre, nous avons été clairs sur notre position : une forêt en bonne santé et un océan sain ne sont pas des actifs en attente d’être forés. C’est pourquoi nous avons plaidé fortement en faveur des Zones Sans Fossiles, ou de zones protégées où un État décide que le pétrole, le gaz et le charbon ne seront jamais extraits, car ce qui y vit mérite d’être laissé intact. Cela transforme une promesse globale faite à Dubaï en une ligne concrète sur le terrain, ou en mer.
Leçons tirées de la Colombie et du Pacifique
Leçon de la Colombie : commencez là où les chiffres sont les plus clairs. En août, la Colombie a déclaré près de 500 000 kilomètres carrés d’Amazonie, soit environ 42 pour cent du territoire, définitivement fermés à toute nouvelle activité minière, pétrolière et gazière. C’est la plus grande Zone Sans Fossiles terrestre de la planète.
Earth Insight a estimé que forer là-bas créerait des actifs bloqués pour des milliards de dollars tout en apportant peu, voire rien, à la sécurité énergétique. La décision a été conçue avec les peuples autochtones, les communautés afro-descendantes et les campesinos, et soutenue par le plus grand investissement de l’histoire de la région dans des économies basées sur les forêts. Une décision prise avec les communautés, plutôt que pour elles, s’enracinera profondément.
Leçon de Vanuatu : remplacer le carburant, pas seulement refuser de forer. Des Vanuatu et des îles Salomon à l’ouest jusqu’à Hawaï à l’est, aucun combustible fossile n’est extrait, bien que d’immenses réserves puissent se trouver sous le fond marin et que les pressions de l’industrie menacent de les détruire.
Cependant, les nations du Pacifique ne veulent pas les exploiter, et faire des renouvelables l’option la moins coûteuse, tout en garantissant les engagements politiques pour protéger ces zones, signifie qu’elles n’auront jamais à les exploiter. Vanuatu vise une électricité entièrement renouvelable d’ici 2030 et est sur la bonne voie pour atteindre cet objectif dans presque tous les secteurs. À travers ses îles, de petits systèmes solaires et hydroélectriques sont construits avec des fonds publics, gérés par des entreprises locales et accueillis par les communautés.
La leçon commune : les petites nations prennent de l’ampleur ensemble. Les dirigeants du Pacifique se sont mis d’accord pour mutualiser leurs efforts en matière d’énergie renouvelable à l’échelle régionale. En avril, les ministres du Climat du Pacifique ont adopté l’Appel Tassiriki pour un Pacifique Libéré des Combustibles Fossiles. À la Conférence de Santa Marta, ils ont proposé la première zone marine sans combustibles fossiles au monde, ambition que nous porterons à la Deuxième Conférence sur la Transition Hors des Combustibles Fossiles qui se tiendra à Tuvalu en juillet prochain.
Construire une dynamique pour dépasser les défis
Nous serons honnêtes sur les risques. Le nouveau gouvernement colombien s’est engagé à relancer l’exploration pétrolière et gazière, et une résolution ministérielle peut être facilement renversée. En effet, les intérêts extractifs ont déjà poussé le gouvernement entrant à révoquer cette protection à peine deux mois après son arrivée au pouvoir.
C’est pourquoi cela ne peut pas rester l’expérience de quelques pays. Vanuatu a défendu un « multilatéralisme depuis les marges », ce qui lui a permis d’obtenir l’avis consultatif de la Cour internationale de justice reconnaissant que l’octroi de licences pour les combustibles fossiles peut violer les obligations juridiques des États envers le climat. Des décisions comme les nôtres perdurent lorsque d’autres les adoptent également. Le Mexique et le Guatemala ont déjà suivi des trajectoires similaires, mais d’autres doivent les suivre.
La COP31 est le moment pour que davantage de pays s’engagent dans ces engagements, offrant des voies vers le changement dont nous avons besoin. Tout gouvernement peut faire progresser sa transition loin des combustibles fossiles en créant une Zone Sans Fossiles avec les outils dont il dispose déjà : zones protégées, titres fonciers autochtones, planification du territoire et des océans, et règles d’octroi de licences énergétiques.
La transition juste transformera nos forêts et nos océans, quelle que soit la voie empruntée. La seule question est de savoir si la nature la guidera ou si elle en subira le coût. La Colombie et les Îles du Pacifique ont tracé nos lignes. À la COP31, nous espérons que d’autres traceront les leurs.