Les pertes liées au climat dans l’UE ont déjà atteint 822 milliards d’euros depuis 1980, dont un quart sur les seules quatre dernières années. Les écosystèmes subissent une pression croissante: plus de 80% des habitats protégés sont en mauvais état, les sols se dégradent et le stress hydrique augmente à travers le continent.
Le dernier rapport sur l’état du climat publié par le service de surveillance terrestre Copernicus de l’UE confirme ce tableau inquiétant: 95% de l’Europe a connu des températures supérieures à la moyenne en 2025.
Adeline Rochet is a programme manager for the Corporate Leaders Group Europe, a business coalition driving the transition to a sustainable, competitive, and resilient economy convened by the University of Cambridge Institute for Sustainability Leadership (CISL).
L’économie européenne dépend du bon fonctionnement du monde naturel, mais les effets du changement climatique risquent d’affaiblir des écosystèmes de plus en plus fragiles. Les discussions sur le prochain budget à long terme de l’Union européenne passent à côté de cette réalité.
Les pertes liées au climat dans l’UE ont déjà atteint 822 milliards d’euros depuis 1980, dont un quart sur les seules quatre dernières années. Les écosystèmes subissent une pression croissante: plus de 80% des habitats protégés sont en mauvais état, les sols se dégradent et le stress hydrique augmente à travers le continent.
Le dernier rapport sur l’état du climat publié par le service de surveillance terrestre Copernicus de l’UE confirme ce tableau inquiétant: 95% de l’Europe a connu des températures supérieures à la moyenne en 2025.
L’exposition économique au risque lié à la nature croît également. Les entreprises, les banques et les assureurs commencent à l’intégrer dans leurs évaluations des risques.
Alors, les décideurs chargés d’élaborer le prochain grand budget de l’Union européenne intégreront-ils cette vision ? Nous sommes en train de le découvrir.
Tous les sept ans, l’UE doit négocier un nouveau budget qui financera des priorités sur une période de sept ans. Celui en cours, dont l’échéance approche l’an prochain, représente plus d’un trillion d’euros.
Les discussions sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour 2028-2034 deviennent sérieuses et les premiers contours de ce nouveau budget montrent qu’il mettra l’accent sur la compétitivité, la résilience et la prospérité.
Mais, alors que le Parlement européen a adopté sa position de négociation pour les discussions budgétaires cruciales et que les États membres de l’UE façonnent leur approche avant une réunion du Conseil le 26 mai, il est clair que le positionnement de la nature dans ce cadre est sous-estimé sur le plan stratégique.
Pourquoi la nature influence la croissance économique
En 2022, la production d’électricité nucléaire française a été gravement affectée lorsque des vagues de chaleur ont fait monter la température des rivières utilisées pour refroidir les réacteurs, impactant aussi d’autres pays européens. C’était un très mauvais moment compte tenu de la crise des prix de l’énergie déclenchée plus tôt cette année-là par l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie.
Des niveaux plus bas des rivières dus à la sécheresse ont également fortement pesé sur l’activité économique et la croissance dans des pays comme l’Allemagne, en raison de l’impact négatif sur le commerce intérieur, tandis que des champs dégradés aux Pays-Bas, combinés à de fortes précipitations, ont ruiné les récoltes de pommes de terre.
Ces exemples montrent que nous ne pouvons pas dissocier la santé de l’économie européenne du bon fonctionnement de la nature.
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Près des trois quarts des entreprises de la zone euro dépendent directement des services écosystémiques tels que l’eau potable, les sols fertiles et la pollinisation. Cette dépendance s’étend au système financier, où environ 75% des prêts bancaires sont exposés à des entreprises dépendantes de ces actifs naturels.
Ils soutiennent entièrement les chaînes d’approvisionnement et la stabilité financière à travers l’économie européenne. Si les écosystèmes porte-drapeau s’effondrent, les entreprises ne font pas que faire face à des perturbations dans leurs propres activités, elles seront aussi exposées à des défaillances de la part de leurs fournisseurs et de leurs clients.
Ceci n’est pas seulement un risque pour des entreprises individuelles, mais une menace pour l’ensemble du système.
Un budget qui paraît plus vert qu’il ne l’est
Selon les dernières propositions pour le prochain CFP, un seul objectif climatique et environnemental à 35% remplacera des priorités qui bénéficiaient autrefois d’un financement distinct. À l’heure actuelle, la biodiversité bénéficie d’un objectif de 10%, mais les dépenses ont eu du mal à atteindre ne serait-ce que 8%, ce qui montre déjà à quel point cet enjeu peut être mis de côté dans les faits.
Dans le nouveau cadre, la biodiversité est absorbée dans une catégorie plus large sans suivi ou visibilité distincts. Les instruments dédiés sont agrégés dans des enveloppes de financement plus importantes, et les investissements basés sur la nature sont placés en concurrence directe et déformée avec des projets industriels.
Ceux-ci sont souvent plus rapides à déployer et plus faciles à mesurer, ce qui les rend plus attractifs.
Les chiffres phares renforcent une apparence d’ambition, avec entre 587 et 635 milliards d’euros alloués aux objectifs climatiques et environnementaux. Mais comme ce sont des chiffres agrégés, ils ne montrent pas combien iront à la conservation ou à la restauration des écosystèmes.
Moins de visibilité, responsabilité plus faible
Le financement de la biodiversité demeure également structurellement fragile, avec environ 80% concentrés dans la politique agricole plutôt que soutenus par une stratégie d’investissement diversifiée.
Ce déplacement est structurel: la nature a été reléguée d’une priorité définie à une simple allocation discrétionnaire, et le modèle de gouvernance renforce cette dynamique.
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Une dépendance accrue vis-à-vis des Plans nationaux et régionaux de partenariats (PNRP) déplace la prise de décision vers les choix de dépenses nationaux, où la pression budgétaire et politique nationale risquera fort de faire en sorte que les investissements à long terme dans les écosystèmes aient du mal à concurrencer les exigences économiques à court terme.
Le CFP actuel peint un tableau inquiétant de trois risques structurels pour la nature : visibilité réduite, concurrence accrue pour le financement et responsabilisation plus faible.
La nature est une infrastructure critique
Il convient de le rappeler : investir dans la nature offre des retours économiques clairs. Des écosystèmes en bonne santé renforcent la résilience en réduisant l’exposition aux dommages climatiques et en soutenant l’activité économique locale.
La finance publique joue un rôle décisif dans la réalisation de ces investissements à grande échelle, faisant de la conception budgétaire une question de gestion des risques et d’allocation de capital.
Les solutions fondées sur la nature remplissent déjà des fonctions économiques essentielles. Elles régulent les systèmes hydrauliques, restaurent les puits de carbone, offrent une marge de manœuvre face à des événements climatiques extrêmes et soutiennent la productivité agricole.
Ce sont des caractéristiques des infrastructures. Les systèmes énergétiques, les réseaux de transport et la capacité numérique sont traités comme des investissements stratégiques car ils soutiennent la compétitivité.
Les systèmes naturels jouent exactement le même rôle, alors pourquoi le plan budgétaire actuel ne reflète-t-il pas cela ?
Le prochain budget de l’UE façonnera l’investissement pour la décennie à venir. Sa structure déterminera comment les risques sont gérés et où les flux de capitaux auront lieu. La nature ne peut pas être effacée au profit de priorités à court terme concurrentes.
Dans les négociations à venir, les dirigeants européens ont encore la possibilité de traiter la nature comme un objectif structurel et comme un atout central, soutenant la résilience et la compétitivité à long terme de l’Europe. Mais ils doivent agir maintenant, avant qu’il ne soit trop tard.