Irene Vélez Torres est la ministre de l’Environnement et du Développement durable en Colombie, et Mark Watts est le directeur exécutif de C40 Cities.
La science est sans équivoque. Le monde doit opérer une transition loin des combustibles fossiles. Ce qui demeure incertain, c’est de savoir si nos institutions, nos économies et nos systèmes politiques sont prêts à réaliser la transformation exigée à la vitesse et à l’échelle nécessaires.
Depuis trop longtemps, cette transition est présentée comme un défi de substitution technologique. Remplacer les combustibles fossiles par des renouvelables et le problème serait résolu. Mais cette vision néglige une réalité plus profonde. Les combustibles fossiles sont enracinés dans des systèmes économiques façonnés par l’extraction, l’inégalité et la dépendance. Passer outre cela exige une transformation structurelle, non seulement des systèmes énergétiques, mais aussi de la manière dont les économies sont organisées et gouvernées.
C’est un défi à la fois global et territorial. Et c’est précisément à l’intersection du leadership national et de l’action urbaine que la transition devient réelle.
Aujourd’hui, le système énergétique représente plus des trois quarts des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tandis que l’expansion des combustibles fossiles se poursuit malgré des avertissements scientifiques clairs. Cette contradiction reflète des incitations financières et institutionnelles enracinées qui continuent à privilégier l’extraction à court terme au détriment de la stabilité à long terme.
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Irene Vélez Torres est la ministre de l’Environnement et du Développement durable en Colombie, et Mark Watts est le directeur exécutif de C40 Cities.
La science est sans équivoque. Le monde doit opérer une transition loin des combustibles fossiles. Ce qui demeure incertain, c’est de savoir si nos institutions, nos économies et nos systèmes politiques sont prêts à réaliser la transformation exigée à la vitesse et à l’échelle nécessaires.
Depuis trop longtemps, cette transition est présentée comme un défi de substitution technologique. Remplacer les combustibles fossiles par des renouvelables et le problème serait résolu. Mais cette vision néglige une réalité plus profonde. Les combustibles fossiles sont enracinés dans des systèmes économiques façonnés par l’extraction, l’inégalité et la dépendance. Passer outre cela exige une transformation structurelle, non seulement des systèmes énergétiques, mais aussi de la manière dont les économies sont organisées et gouvernées.
C’est un défi à la fois global et territorial. Et c’est précisément à l’intersection du leadership national et de l’action urbaine que la transition devient réelle.
Aujourd’hui, le système énergétique représente plus des trois quarts des émissions mondiales de gaz à effet de serre, tandis que l’expansion des combustibles fossiles se poursuit malgré des avertissements scientifiques clairs. Cette contradiction reflète des incitations financières et institutionnelles enracinées qui continuent à privilégier l’extraction à court terme au détriment de la stabilité à long terme.
Des crises mondiales récentes ont mis en lumière les conséquences. La volatilité des marchés des combustibles fossiles s’est traduite par une hausse des coûts de l’énergie, une pression fiscale et une inégalité croissante. Un système dépendant d’une instabilité géopolitique ne peut garantir une énergie fiable et abordable pour les populations. Il ne peut pas non plus soutenir des économies résilientes.
C’est pourquoi la Colombie a soutenu de manière cohérente, sur la scène internationale, que la transition loin des combustibles fossiles n’est pas seulement une nécessité environnementale, mais une question de justice. Elle exige de passer d’un modèle extractif vers des économies qui protègent la vie, redistribuent les opportunités et reconnaissent la valeur des territoires et des communautés.
En Colombie, le défi est immédiat. Les combustibles fossiles représentent une part importante des exportations et des recettes publiques, et des régions entières dépendent de ces industries. Les aborder nécessite des stratégies délibérées pour surmonter leur dépendance économique, gérer les contraintes budgétaires et permettre une reconversion productive sans reproduire de nouvelles formes d’extractivisme.
Mais cette transformation ne sera pas menée par les seuls gouvernements nationaux. Les villes ne se contentent pas d’être des exécutants de politiques. Elles sont des acteurs stratégiques dans le remodelage de la demande, dans l’accélération de l’innovation et dans la démonstration qu’un modèle différent est déjà possible.
Les villes transforment les objectifs climatiques en améliorations concrètes de la vie
Les zones urbaines représentent la majorité de l’utilisation mondiale d’énergie et des émissions. Or, elles sont aussi là où les bénéfices de la transition sont les plus immédiats et les plus visibles. En étendant des transports publics propres, en réduisant la pollution de l’air, en améliorant l’efficacité énergétique des bâtiments et en déployant des systèmes renouvelables décentralisés, les villes traduisent des objectifs climatiques à long terme en améliorations tangibles pour les habitants.
À travers le réseau C40, les villes réduisent déjà leurs émissions tout en renforçant leur résilience économique. Ces expériences démontrent que sortir des combustibles fossiles permet de réduire les coûts, d’améliorer la santé publique et de créer des emplois. Elles démontrent également quelque chose d’aussi crucial: l’action climatique, conçue autour des personnes, peut renouveler la confiance dans les institutions publiques.
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La maire de Londres a mis en œuvre la plus vaste zone d’air pur au monde. Melbourne a permis l’essor de nouveaux parcs éoliens qui alimentent désormais 100 % des opérations municipales. À Curitiba, les investissements solaires réduisent les factures publiques d’énergie de 30 % tout en créant des emplois inclusifs.
L’obligation verte de Johannesburg, d’une valeur de 140 millions USD, sursouscrite à 150 %, a mobilisé d’importants investissements dans des projets d’énergie propre et d’efficacité. Et en Colombie, Bogota a établi une zone à faibles émissions (ZUMA) dans un quartier vulnérable, améliorant la qualité de l’air et la santé publique pour près de 40 000 personnes.

Ces actions s’inscrivent dans un effort global commun visant à réduire de moitié l’utilisation des combustibles fossiles dans les villes C40 d’ici 2030, un objectif non seulement atteignable mais déjà en mouvement. Elles contribuent surtout à l’objectif mondial consistant à tripler la capacité d’énergies renouvelables d’ici la fin de la décennie, tel que fixé par près de 195 pays à la COP28.
Cere est ce qui rend les villes indispensables à une transition juste. Elles opèrent au plus près des citoyens, là où les systèmes énergétiques croisent le quotidien. Elles sont particulièrement bien placées pour garantir que la transition soit non seulement rapide, mais équitable.
Barrières structurelles à l’action nationale et urbaine
Parallèlement, les villes ne peuvent pas agir isolément. Leur capacité à diriger dépend de cadres nationaux qui alignent politique, réglementation et investissement, ainsi que d’un système international qui facilite plutôt qu’il ne contraint la transformation.
Et c’est là que la dimension mondiale devient critique. De nombreux pays du Sud global font face à des obstacles structurels, notamment des coûts d’emprunt élevés, des dettes et des cadres juridiques qui restreignent l’espace politique. Réformer l’architecture financière internationale, élargir l’accès à des financements abordables et lever les contraintes sont essentiels pour libérer à la fois l’action climatique nationale et urbaine.
Consciente de cela, la Colombie et les Pays-Bas organisent la Première Conférence sur la Transition Hors des Combustibles Fossiles à Santa Marta. Ce n’est pas un espace pour des engagements abstraits. C’est une plateforme de mise en œuvre, conçue pour rassembler ceux qui sont prêts à passer de l’ambition à l’action.
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Important, la conférence place les villes et les gouvernements locaux au cœur de cet effort. Aux côtés des gouvernements nationaux, de la société civile, des travailleurs, des peuples autochtones et du secteur privé, les villes aideront à identifier des voies concrètes et habilitantes pour faire progresser une transition juste, ordonnée et équitable.
Ces voies ne sont pas théoriques. Elles portent sur trois priorités interconnectées: transformer l’offre et la demande d’énergie, surmonter la dépendance économique et renforcer la coopération internationale. Ce que les villes apportent à ce programme, c’est la capacité de mettre ces priorités en action, de les traduire en politiques qui refont les infrastructures, les mobilités, le logement et les économies locales.
La transition énergétique signifie redéfinir le développement
L’objectif est clair. Pour bâtir une coalition de pays et de villes prêtes à avancer, non pas par la négociation de nouveaux principes, mais en les mettant en œuvre. Une coalition qui reflète une compréhension partagée que la transition doit être fondée sur l’équité, la participation démocratique et une mise en œuvre réelle.
Ce qui est en jeu dépasse l’énergie. Il s’agit de redéfinir le développement d’une manière compatible avec la stabilité climatique et la justice sociale.
Les coûts du retard sont déjà visibles. Continuer à investir dans l’expansion des combustibles fossiles accroît les risques climatiques, la vulnérabilité économique et les inégalités. À l’inverse, accélérer la transition ouvre des perspectives pour des économies plus résilientes, inclusives et durables.
Les villes montrent déjà ce que futur ressemblera. Les gouvernements nationaux peuvent l’amplifier. La coopération internationale peut la rendre possible.
Depuis Santa Marta, le message est clair. La fin de l’ère des combustibles fossiles n’est pas seulement nécessaire. Elle est déjà en cours. La tâche maintenant est de veiller à ce qu’elle soit juste, coordonnée et irréversible.