Em Fenton est Directrice principale de la diplomatie climatique chez Opportunity Green, soutenant les pays vulnérables face au climat dans les négociations multilatérales, telles que l’Organisation Maritime Internationale.
Des gouvernements se réunissent à Londres cette semaine et la suivante pour faire progresser le cadre Net-Zero de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) dans un effort global visant à réduire les émissions du transport maritime international. Cette réunion peut ne pas faire les gros titres en dehors des cercles climatiques, mais ce qui s’y décide compte bien bien au-delà du secteur maritime.
Le secteur du transport maritime international soutient environ 80% du commerce mondial et contribue à peu près à 3% des émissions annuelles mondiales.
Le NZF représente la meilleure et la plus équitable solution actuellement viable pour s’attaquer à cette question et, en avril dernier, une large majorité de pays a voté pour le proposer à l’adoption formelle par le processus de l’OMI.
Le cadre est un compromis issu du design le plus ambitieux possible, mais il demeure une victoire durement gagnée pour le multilatéralisme, avec des pays qui se réunissent pour créer une solution tournée vers l’intérêt global et offrant une base solide pour une transition juste et équitable.
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Em Fenton est Directrice principale de la diplomatie climatique chez Opportunity Green, soutenant les pays vulnérables face au climat dans les négociations multilatérales, telles que l’Organisation Maritime Internationale.
Des gouvernements se réunissent à Londres cette semaine et la suivante afin de faire progresser le cadre Net-Zero de l’Organisation Maritime Internationale (OMI) dans un effort global visant à réduire les émissions du transport maritime international. La réunion peut ne pas faire les gros titres en dehors des cercles climatiques, mais ce qui s’y décide compte bien au-delà du secteur maritime.
Le secteur du transport maritime international soutient environ 80% du commerce mondial et contribue à peu près à 3% des émissions annuelles mondiales.
Le NZF représente la meilleure et la plus équitable solution actuellement viable pour s’attaquer à ce problème et, en avril dernier, une large majorité de pays a voté pour le proposer à l’adoption formelle par le processus de l’OMI.
Le cadre est un compromis issu du design le plus ambitieux possible, mais il demeure une victoire durement gagnée pour le multilatéralisme, avec des pays qui se réunissent pour créer une solution tournée vers l’intérêt global et offrant une base solide pour une transition juste et équitable.
Il combine une norme technique sur les carburants (fixant des limites d’émissions pour les carburants utilisés par les navires) et un élément économique qui met un prix sur les émissions du transport maritime international.
Un système sous pression
Avec une vague de nationalisme qui balaie le monde ces dernières années, certains pays privilégient de plus en plus leurs intérêts nationaux par rapport à l’action climatique mondiale, malgré les obligations juridiques d’agir. Et ce faisant, ils négligent la réalité selon laquelle abandonner les efforts de décarbonisation multilatéraux finira par aggraver les défis intérieurs.
Cette tendance est particulièrement visible lorsque les États-Unis se retirent ou retirent leur soutien à l’Accord de Paris, à l’OMS et au Conseil des droits de l’homme des Nations unies; mais elle se manifeste aussi dans d’autres domaines, comme la décision de l’Inde de se retirer de sa candidature à l’accueil de la COP33. Tout cela soulève la question suivante : dans quelle mesure le multilatéralisme demeure-t-il résilient en période de tensions géopolitiques intenses ?
Le système a été bâti sur deux hypothèses qui apparaissent aujourd’hui de plus en plus fragiles : que les pays agissent par le biais d’efforts multilatéraux dans l’intérêt collectif; et que les actions convenues soient mises en œuvre à une ampleur et à un rythme conformes aux besoins.
À cela s’ajoute une dérive par rapport à son objectif central, visible dans une baisse d’efficacité dans les cinq domaines dans lesquels il agit – mais de manière particulièrement marquée dans le domaine du climat.
Étant donné que le transport maritime international est fondamentalement mondial et ne peut être régulé de manière significative par des actions unilatérales ou régionales, l’OMI est l’une des rares institutions capables de mener une décarbonisation à grande échelle. L’échec à progresser à l’OMI envoie donc un signal puissant sur les limites de la coopération internationale dans son ensemble, et tout particulièrement en matière climatique.
L’AIE réduit de près d’un million de barils par jour les prévisions de demande pétrolière d’avant-guerre
Dans ce contexte, les avancées ont rencontré trois formes distinctes de résistance : le rejet de la nécessité d’agir, des retards procéduraux ou des entraves, et des efforts visant à affaiblir les résultats au point où le « succès » devient effectivement insignifiant.
Lors des récentes réunions de l’OMI, ces dynamiques se sont accentuées, culminant par une initiative réussie des États-Unis et de l’Arabie saoudite en octobre dernier visant à retarder d’un an la décision formelle d’adopter le NZF.
La question se retrouve désormais dans un limbo procédural. Cela a été aggravé par des abstentions de deux pays de l’Union européenne (la Grèce et Chypre), malgré le soutien global de l’UE à l’adoption. La Grèce a par la suite réaffirmé son soutien à la position américaine et saoudienne.
Ces retards procéduraux ont été accompagnés de menaces de mesures de rétorsion de la part de l’administration américaine, notamment des droits de douane, le retrait des droits de visa, ou l’imposition de frais sur les ressortissants visitant les ports américains.
Faire valoir le multilatéralisme
Les enjeux ici vont bien au-delà du seul secteur maritime.
Pour que le multilatéralisme conserve une signification réelle, il doit être en mesure de produire des résultats contraignants – même lorsque des États puissants s’y opposent. Le processus de l’OMI est l’un des rares forums restants où la voix de chaque pays compte de manière égale et où aucun État ne peut mettre son veto.
Si ce processus peut être sapé par des retards procéduraux et des pressions coercitives, cela crée un précédent pour d’autres négociations multilatérales, en particulier en matière de gouvernance climatique.
Cette semaine à Londres, les pays ont une occasion concrète de démontrer que le multilatéralisme fonctionne encore – en étant présents dans la salle et en soutenant activement l’ambition climatique.
Cela demeure le moyen le plus efficace d’atteindre les objectifs climatiques, de créer les conditions économiques propices à l’investissement dans la transition maritime, de s’éloigner d’une dépendance excessive aux combustibles fossiles et de protéger les fondements même du multilatéralisme.
L’alternative n’est pas seulement un échec pour le secteur maritime; c’est aussi un signal adressé à chaque négociation difficile qui suivra, montrant que l’obstruction peut fonctionner.