Nicolas Endress est le directeur général et fondateur de ClimEase, une société suisse spécialisée dans les logiciels proposant une plateforme conçue pour aider les entreprises à se conformer au mécanisme d’ajustement carbone à la frontière de l’UE..
Depuis le début de cette année, le mécanisme d’ajustement carbone à la frontière (CBAM) de l’UE a commencé à imposer des droits supplémentaires sur les importations de produits à forte intensité carbone — de l’aluminium et de l’acier au ciment et aux engrais.
Les grands producteurs industriels basés dans l’Union européenne paient, depuis près de deux décennies, un coût du carbone via le Système d’échange de quotas d’émission de l’UE (EU ETS), le marché carbone européen. Le CBAM — le premier droit carbone à la frontière au monde — étend ce coût carbone aux biens qui entrent dans le bloc en provenance de l’étranger.
La logique du mécanisme est que, puisque les fabricants basés dans l’UE ont déjà payé les émissions de carbone générées lors de leur production de biens en utilisant l’EU ETS, il en serait de même pour tous les autres pays qui fabriquent les mêmes biens.
Cependant, à mesure que les entreprises se préparent à l’aspect coût du CBAM, bon nombre d’entre elles constatent que les économies les plus importantes aujourd’hui ne proviennent pas nécessairement du passage à une production plus propre. Elles proviennent plutôt du remplacement des valeurs d’émission par défaut par des données d’émissions vérifiées, en utilisant des méthodologies approuvées par l’UE et une vérification indépendante.
CBAM exige aussi que les émissions provenant des matériaux précurseurs clés soient incluses. Cela signifie que les émissions des fournisseurs en amont doivent également être calculées et vérifiées. Si ce n’est pas le cas, les importateurs doivent appliquer les valeurs par défaut pour ces intrants.
Étant donné que ces processus en amont peuvent représenter jusqu’à 80 % de l’empreinte d’un produit, les entreprises peuvent encore être fortement exposées à ces valeurs par défaut même lorsque les émissions de leurs fournisseurs directs sont vérifiées.
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Pour évaluer les émissions, les fabricants déterminent la quantité totale de carburant et d’autres intrants directs utilisés durant le processus de fabrication, comme le carburant brûlé lors de la production dans une aciérie.
Ces intrants sont ensuite convertis en tonnes de CO2 selon des méthodologies approuvées par l’UE. Les résultats sont ensuite vérifiés par un expert indépendant accrédité selon les règles de l’UE. Ce processus de vérification peut être coûteux et peut être difficile à obtenir dans de nombreux pays en développement.

CBAM exige également que les émissions des matériaux précurseurs clés soient incluses. Cela signifie que les émissions des fournisseurs en amont doivent aussi être calculées et vérifiées. Si elles ne le sont pas, les importateurs doivent appliquer les valeurs par défaut pour ces intrants.
Puisque ces processus en amont peuvent représenter jusqu’à 80 % de l’empreinte d’un produit, les entreprises peuvent encore faire face à une exposition importante aux valeurs par défaut même lorsque les émissions de leurs fournisseurs directs sont vérifiées.
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Ces valeurs par défaut sont, en général, très élevées et représentent souvent les émissions maximales possibles de l’installation la plus polluante d’un pays ou d’une région donnée. Une usine sidérurgique extrêmement efficace situées par exemple en Inde, au Brésil ou en Turquie serait évaluée comme si elle était la moins efficace de la région en raison de l’absence de données officielles vérifiées qui répondent aux normes de l’UE.
Équité en jeu
Des enjeux d’équité existent également ici. Les fournisseurs des économies en développement qui ont réellement réduit leurs émissions verront probablement leurs coûts CBAM sans diminution correspondante s’ils n’ont pas vu leurs améliorations officiellement reconnues par l’UE.
Cependant, obtenir une vérification par des tiers nécessite du temps, de l’expertise et des ressources financières, ce qui peut représenter des défis pratiques pour certains fournisseurs — notamment ceux qui disposent de chaînes d’approvisionnement complexes nécessitant une vérification en plusieurs étapes.
Les importateurs de l’UE devront appliquer les valeurs par défaut lorsque aucune donnée vérifiée n’est disponible, ce qui entraîne des coûts carbone nettement plus élevés même lorsque le processus de fabrication est relativement efficace.
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Pour remédier à ce déséquilibre, l’UE pourrait se concentrer sur l’élargissement de l’accès à une vérification accréditée, en particulier sur les marchés en développement, tout en fournissant des directives plus claires et des cadres standardisés pour les rapports d’émissions à travers les chaînes d’approvisionnement.
Améliorer la reconnaissance des systèmes de vérification locaux crédibles et investir dans des infrastructures de reporting numérique aiderait également à réduire la dépendance à l’égard des valeurs par défaut conservatrices.
Sans ces ajustements, il existe un risque que le CBAM récompense ceux qui sont les mieux équipés pour naviguer dans les exigences de vérification, plutôt que ceux qui parviennent réellement à obtenir les émissions les plus faibles en pratique.
Dans ce nouveau cadre commercial, les données qui prouvent l’efficacité — plutôt que les seules émissions faibles — détermineront quels producteurs auront un avantage.