Netanyahou face une menace : le déclin du soutien occidental

12 juin 2026

Dans une autre fracture du cessez-le-feu extrêmement fragile entre l’Iran et les États‑Unis, les Gardiens de la révolution islamique (IRGC) ont cette semaine abattu un hélicoptère Apache de l’armée américaine près du détroit d’Hormuz.

À n’importe quel autre moment, les États‑Unis auraient perçu cela comme un acte de guerre inacceptable nécessitant une réaction très ferme. Mais là où les sorties imprévisibles de Donald Trump sur les réseaux sociaux auraient d’ordinaire semé l’enfer et la damnation, cette fois elles prônent une réponse proportionnée.

Cela semblait être un signe favorable que les conseiller de Trump, et peut‑être même le président lui‑même, admettent que cette guerre ne sera pas gagnée par des bombes, des missiles et des drones, et qu’elle devra se conclure par un compromis.

Alors que le soutien intérieur à la guerre s’amenuise aux États‑Unis, l’atmosphère à Washington change. L’opposition à la guerre croît, tandis que le soutien à Israël et à son premier ministre, Binyamin Netanyahou, se réduit.

Il y a une semaine, tout cela était tout à fait évident, mais les derniers jours ont donné un indicateur net de la difficulté qu’il y aura à progresser vers des solutions négociées dans les doubles conflits impliquant Israël et le Liban, d’une part, et les États‑Unis et l’Iran, d’autre part.

La série d’événements récentes a commencé par un avertissement de la direction des IRGC à Téhéran : les bombardements continus d’Israël contre des villes et des villages libanais, y compris la cible généralisée des installations de soins de santé, violaient le cessez-le-feu temporaire et devaient s’arrêter. Au lieu de cela, Netanyahou a ordonné de nouvelles attaques, notamment sur la ville portuaire libanaise de Tyr, qui a été l’objet d’environ 30 raids aériens directs menés par l’IDF au cours des trois derniers mois.

Outre les établissements de santé, les attaques de l’IDF ont également visé des infrastructures urbaines critiques, telles que les lignes d’alimentation et de communication, les usines de traitement d’eau et les systèmes d’épuration. Le New York Times rapporte même l’utilisation probable par les Israéliens du phosphore blanc, une substance incendiaire qui s’enflamme spontanément au contact de l’air et est extrêmement difficile à éteindre.

L’IDF poursuit aussi sa pratique consistant à ordonner d’immenses évacuations des populations urbaines et rurales.

Cependant, malgré l’étendue de la force employée, l’IDF n’a pas réussi à détruire le Hezbollah. Peu de signes indiquent que cela va changer; considérez que l’IDF est encore incapable de contrôler le Hamas à Gaza, malgré la destruction de tant de zones urbaines.

Par ailleurs, Netanyahou a clairement indiqué que Israël intensifie ses plans pour annexer la grande majorité de Gaza. Plus de 50 % du territoire, y compris la majeure partie des zones autrefois utilisées pour l’horticulture intensive, a été repris par Israël. Cela est en train de passer à 70 % de Gaza, avec encore davantage de Palestiniens contraints de se réfugier dans des camps surpeuplés.

Pris avec l’augmentation du nombre d’implantations illégales ainsi que la violence des colons juifs en Cisjordanie occupée, et la tentative de contrôle de portions substantielles du sud du Liban, les perspectives immédiates d’un aboutissement pacifique restent minimes.

Un indicateur remarquable est que, tandis que la violence des colons contre les Palestiniens se poursuit, Amnesty International annonce un « Grand Événement Immobilier Israélien » prévu à Londres ce week-end, au cours duquel des terres situées dans les colonies illégales seront vendues à la diaspora israélienne au Royaume‑Uni.

Deux questions substantielles demeurent. La première a été manifestement évidente depuis plus de trente mois : Israël radicalise des milliers de jeunes Palestiniens pour résister à l’IDF, jusqu’au sacrifice de leur vie. Cette réalité signifie à elle seule que Netanyahou et son gouvernement mènent une guerre sans issue.

La deuxième question est : l’opposition à Israël s’amplifie à l’étranger dans des lieux inattendus. L’Allemagne est historiquement réticente à critiquer publiquement Israël, pourtant une vague de soutien pro‑palestinien a été observée dans les universités du pays.

En Grande‑Bretagne, la députée travailliste Mélanie Ward a attiré l’attention sur des associations caritatives britanniques qui, selon elle, ont versé au moins 28 millions de livres sterling dans des colonies juives illégales à travers la Cisjordanie occupée. La secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Yvette Cooper, a répondu en annonçant que la Commission des Charités examinera les liens de ces organisations avec les colonies et leur éventuelle conservation du statut caritatif.

Cela survient la semaine où le Foreign Office a annoncé des plans visant à réunir l’Australie, le Canada, la France, la Nouvelle‑Zélande et la Norvège afin de livrer des sanctions coordonnées contre les réseaux finançant et facilitant les attaques de colons contre les Palestiniens en Cisjordanie, et conseille fermement aux entreprises britanniques d’éviter l’activité dans les colonies israéliennes illégales.

Malgré l’hostilité du gouvernement travailliste envers les activistes pro‑Palestine, The Guardian rapporte que certains activistes estiment qu’il se produit un « véritable tournant » dans les cercles gouvernementaux, aidé par la position fortement pro‑palestinienne des principaux responsables du Parti Vert, dont le chef Zac Polanski.

Au fil des décennies, les gouvernements israéliennes successifs ont investi dans des réseaux de lobbying bien dotés dans ces deux États européens clés pour cultiver le soutien international. Ce soutien se délite, mais ce qui est bien plus significatif, c’est le changement d’attitudes aux États‑Unis. Un article percutant dans le très influent Wall Street Journal, intitulé « Netanyahou a perdu le Midwest américain », conclut que, quelle que soit l’issue du conflit à Gaza, la perte du soutien public américain « a été catastrophique et ne sera pas inversée rapidement ». Cette conclusion, dans ce journal, pourrait bien s’avérer l’un des développements les plus importants d’une semaine singulièrement chaotique.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.