Juste avant le jour du scrutin, l’élection partielle de Makerfield, qui s’est tenue la semaine dernière, était présentée comme l’un des événements politiques les plus houleux des dernières années. Étant donné les nombreuses lacunes du Labour et leurs humeurs de sondages moroses, Reform UK pouvait-elle prendre le dessus, avec une victoire convaincante qui propulserait le leader Nigel Farage vers Downing Street ?
Le résultat était révélateur. Andy Burnham du Labour a remporté une majorité plus large que prévu et est désormais en passe de prendre les fonctions de Premier ministre, peut-être dès le mois prochain. Mais il convient d’examiner plus en profondeur ce qui s’est passé, non seulement pour Farage et Burnham et leurs partis respectifs, mais aussi pour les Libéraux-démocrates et surtout pour le Parti Vert revitalisé sous Zack Polanski.
Bien qu’il y eût déjà des indications sur une avance du Labour le jour même du scrutin, l’ampleur de la victoire en a surpris plus d’un. Burnham a obtenido 55 % des voix contre 35 % pour le candidat de Reform, Rob Kenyon.
La machine électorale du Labour a déployé des milliers de sympathisants à travers le porte-à-porte dans les derniers jours, tirant parti de la popularité évidente de Burnham et mettant en avant ce qu’elle percevait comme les faiblesses du candidat de Reform. Ces faiblesses ont été aggravées par des problèmes rencontrés par Farage avec le mouvement plus à droite Restore Britain, dirigé par l’ancien député Reform Rupert Lowe.
En fin de compte, même les chiffres de vote combinés de Reform et Restore n’atteignaient pas ceux de Burnham. Cela a sans doute été aidé par un vote tactique massif contre Reform de la part des électeurs verts et des Lib Dems, ces deux partis n’obtenant respectivement que 0,7 % et 0,4 % des voix, malgré des résultats impressionnants dans d’autres scrutins récents.
À l’avenir, la volatilité observée à Makerfield indique une incertitude considérable avant les prochaines élections générales du Royaume-Uni prévues en 2029.
Deux points sont particulièrement pertinents pour esquisser ce que pourraient être les trois prochaines années. Le premier est que Polanski, du Parti Vert, dispose de propositions économiques progressistes qui l’approchent d’un des rares exemples de politique radicale ayant émergé au Royaume-Uni ces dernières décennies.
L’autre exemple marquant récent fut le manifeste électoral du Labour de 2017, qui remettait directement en cause le néolibéralisme et exprimait clairement son soutien à « les nombreux, pas les rares ». C’était une approche résolument progressiste qui s’est avérée étonnamment populaire et a conduit la première ministre Theresa May à être privée de la majorité substantielle qu’elle escomptait en convoquant des élections anticipées.
Le choc que laissait alors planer Jeremy Corbyn, leader du Labour, se rapprochant de Downing Street, a été suffisant pour déclencher une avalanche de peurs médiatiques de droite contre lui personnellement et contre sa forme de socialisme en général.
Ceci est pertinent, car ces derniers mois ont vu naître le début d’une campagne similaire, menée par les tabloïds, cette fois contre Polanski et les Verts. « Eco nuts » figure parmi les qualificatifs les plus doux, insinuant que les Verts ne seraient pas du tout aptes à diriger un État moderne.
First Corbyn et maintenant Polanski, il est clair que le système élite du Royaume‑Uni est toujours prêt à intervenir contre tout mouvement politique susceptible de remettre en cause le statu quo.
Autre point à propos des difficultés de Reform. Burnham est actuellement bien plus populaire politiquement que Farage, les sondages le situant en tête d’environ 20 % sur la question de savoir qui serait le meilleur Premier ministre en devenir. Cette avance pourrait être temporaire, mais la question plus vaste est que Reform se présente comme un mouvement anti-élite protégeant les démunis, tandis que Farage joue son rôle d’homme du peuple.
Cette posture devient problématique, en décalage avec la réalité du soutien de l’élite à Reform. Depuis 2019, le parti a reçu 45 millions de livres de donateurs, dont 32 millions provenant de seulement quatre particuliers fortunés.
Farage a d’ailleurs gagné plus d’un million de livres grâce à des activités professionnelles pendant qu’il était député, ce qui en fait le député le mieux rémunéré. Parallèlement, d’autres figures senior du parti, comme le vice‑chef Richard Tice et l’ancien président Zia Yusuf, seraient décrites comme multimillionnaires.
Pourtant, Farage et Reform continuent d’obtenir de bonnes notes auprès des électeurs désillusionnés – même si le temps peut encore changer la donne.
Dans l’état actuel de la politics britannique, tout parti qui remet sérieusement en cause le statu quo — que ce soit le Labour, les Verts, les Lib Dems ou Your Party, aujourd’hui décrié — aura du mal à s’imposer.
Coudé dans tout cela, il existe toutefois un fil récurrent qui pourrait permettre de le faire: le blanchiment d’argent.
Comme l’écrit John Lanchester puts it, « quelque chose qui n’est pas entièrement compris se déroule à une échelle massive juste sous le nez des gouvernements ». Cette « chose » comprend le blanchiment d’argent endémique, qui coûte des milliards au pays chaque année. Beaucoup de détails se trouvent dans le livre d’Oliver Bullough, Everybody Loves our Dollars: How Money Laundering Won.
C’est une question prête à retenir l’attention d’un éventuel gouvernement progressiste, presque assurément populaire auprès d’un électorat désabusé et, surtout, difficile à contrer pour un système d’élite. Pour un parti progressiste, ce serait une très bonne utilisation du temps et de l’énergie, en particulier dans la période qui précède une élection générale.