Chocs alimentaires : les citoyens montrent plus de leadership que les gouvernements
3 juillet 2026
Rich Wilson est le PDG de l’Iswe Foundation et co-fondateur de l’Assemblée des Citoyens du Monde.
Les chiffres sont saisissants. Selon le Global Report on Food Crises 2026, 266 millions de personnes dans 47 pays ont connu l’année dernière des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, soit presque le double du chiffre enregistré il y a dix ans.
Par ailleurs, les perturbations des flux de pétrole, de gaz et d’engrais passant par le détroit d’Ormuz ont provoqué au début de cette année une hausse mensuelle de 46% des prix de l’urée, faisant grimper les indices de prix agricoles de 8% et faisant planer le spectre d’une crise d’abordabilité mondiale.
Ce n’est pas une anomalie. C’est un nouveau socle. La Commission EAT-Lancet a conclu que les systèmes alimentaires représentent aujourd’hui environ 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et constituent le plus grand contributeur unique à la crise climatique. La science est claire depuis des années.
Maintenant, certaines des solutions au problème commencent aussi à être socialement acceptables.
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Rich Wilson est le PDG de l’Iswe Foundation et co-fondateur de l’Assemblée des Citoyens du Monde.
Les chiffres sont saisissants. Selon le Global Report on Food Crises 2026, 266 millions de personnes dans 47 pays ont connu l’année dernière des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, soit presque le double du chiffre enregistré il y a dix ans.
Par ailleurs, les perturbations des flux de pétrole, de gaz et d’engrais passant par le détroit d’Ormuz ont provoqué au début de cette année une hausse mensuelle de 46% des prix de l’urée, faisant grimper les indices de prix agricoles de 8% et faisant planer le spectre d’une crise d’accessibilité mondiale.
Ce n’est pas une anomalie. C’est un nouveau socle. La Commission EAT-Lancet a conclu que les systèmes alimentaires représentent désormais environ 30% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et constituent le plus grand contributeur unique à la crise climatique. La science est claire depuis des années.
Maintenant, certaines des solutions au problème commencent aussi à être socialement acceptables.
Plus tôt cette année, des citoyen-ne-s issus de plus de 60 pays et territoires, choisis non pas par des intérêts particuliers mais par tirage au sort, ont passé sept semaines à examiner les preuves liées à l’alimentation et au climat dans le cadre de la dernière Assemblée Mondiale des Citoyens. Ils ont écouté des scientifiques, des agriculteurs et des représentants de l’industrie. Ils ont délibéré sur 42 heures en évaluant des compromis difficiles.
On ne leur demandait pas d’approuver une conclusion prédéterminée. On leur posait une question ouverte : quels changements, le cas échéant, devrions-nous apporter à nos modes de production, de partage et de consommation de nourriture afin que chacun ait de quoi se nourrir tout en s’attaquant aux causes et aux effets du changement climatique ?
Réduire progressivement l’élevage industriel
Leur réponse fut sans équivoque. Ils ont voté en faveur de la protection des forêts. Ils ont voté en faveur d’une réduction progressive de la production alimentaire animale industrielle. Ils ont voté pour une réforme des chaînes d’approvisionnement et une responsabilisation des entreprises, rejetant explicitement l’idée que la charge du changement devrait incomber uniquement aux consommateurs. Sur les 22 appels à l’action, tous ont obtenu plus de 85% de soutien, soit une majorité renforcée de personnes tirées au sort de toutes les régions du monde, d’accord.
Réfléchissez à ce que l’Assemblée avait réellement à décider. La production alimentaire animale industrielle est le principal moteur de la déforestation tropicale. Protéger davantage de terres en forêt et en écosystème signifie moins de terres disponibles pour l’expansion de la production industrielle. Il s’agit là d’un véritable compromis, avec de réelles conséquences pour de réels moyens de subsistance. Les politiciens ont passé des années à l’éviter.
Les systèmes alimentaires constituent l’ingrédient manquant du menu de la COP30
Ces personnes tirées au sort ont analysé les preuves, ont délibéré sur plusieurs fuseaux horaires et cultures, et ont choisi les forêts, avec 64% de soutien fort et 20% d’appui supplémentaire. Des personnes issues des communautés agricoles animales ont voté pour le changement. Pas parce qu’on leur a dit de le faire, mais parce que la délibération les y a conduites.
Nous estimons qu’il y a eu plus de 7 000 initiatives de participation citoyenne dans le monde au cours de la dernière décennie. Elles s’organisent parce que, comme le montre notre rapport de 2025 People in the Lead, les citoyen-ne-s sont désormais de manière constante et sensible en avance par rapport aux politiciens sur des sujets allant du climat à la gouvernance de l’IA.
Le peuple sait mieux
Ce que la recherche montre avec constance, c’est que des personnes ordinaires, à condition de disposer de preuves suffisantes et de temps, produisent des recommandations plus efficaces et mieux alignées sur les valeurs publiques que celles qui émergent des législatures élues. L’écart en matière de gouvernance mondiale ne réside plus principalement entre la science et le public. Il se situe entre les citoyen-ne-s et leurs dirigeants politiques.
Cet écart importe au-delà des raisons procédurales. Lorsque les politiques traitent les gens comme des bénéficiaires passifs plutôt que comme des partenaires actifs, elles excluent les acteurs mêmes dont le comportement, la confiance et le consentement conditionnent la transition. Les institutions qui ne parlent qu’entre elles et qui négocient uniquement avec des acteurs étatiques et des lobbies industriels passent à côté de la confiance et de l’énergie des personnes qu’elles sont censées servir.
Les gouvernements, laissés à eux-mêmes, n’avancent pas assez vite pour prouver le contraire. À la COP30 à Belém, en novembre dernier, les pays se sont montrés incapables de s’accorder sur une feuille de route de sortie des combustibles fossiles, et même une mise en œuvre complète de chaque plan national sur le climat ne suffit pas à éviter un réchauffement de 2,3 à 2,8 °C.
Des milliers manifestent lors d’une protestation à la COP30 appelant à la justice climatique et à la protection de l’Amazonie parmi d’autres mesures à Belém, au Brésil, le 15 novembre 2025. Photo : Artyc Studio
Des milliers manifestent lors d’une protestation à la COP30 appelant à la justice climatique et à la protection de l’Amazonie parmi d’autres mesures à Belém, au Brésil, le 15 novembre 2025. Photo : Artyc Studio
Voie des Citoyens à la COP
Mais la présidence brésilienne a saisi quelque chose d’important. Parmi les résultats les plus marquants de la conférence, il y a eu le lancement officiel d’une Voie des Citoyens au sein du processus UNFCCC, un mécanisme visant à connecter le champ de la participation mondiale aux négociations climatiques intergouvernementales. Türkiye et l’Australie, qui assurent ensemble la présidence de la COP31 à Antalya en novembre prochain, ont désormais l’opportunité de renforcer et d’institutionnaliser ce que le Brésil a commencé.
Au Guatemala, des femmes autochtones renforcent la résilience climatique grâce à des méthodes agricoles anciennes et nouvelles
La question qui se posait n’était plus de savoir si les citoyen-ne-s peuvent contribuer à résoudre ces problèmes. Partout dans le monde, dans les réseaux alimentaires locaux, dans les assemblées communautaires et dans les processus de planification participative, ils le font déjà, générant discrètement des solutions plus ambitieuses et plus légitimes que celles qui émergent des canaux diplomatiques officiels.
Ce qui est nécessaire maintenant, c’est le courage politique de relier les gens au pouvoir. Non pas les consulter et consigner les résultats. Non pas les inviter à observer pendant que les décisions réelles se prennent ailleurs. Mais reconnaître le public comme des partenaires dans peut-être le défi de gouvernance le plus important de notre époque.
Françoise Perrin
Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.