Patrick Schröder est chercheur sénior au Centre Environnement et Société de Chatham House.
Un sommet sur le climat qui se veut sérieux dans sa mise en œuvre ne peut pas se permettre d’exclure des réductions d’émissions majeures. Or, c’est le risque que la COP31 encourt si elle ne place pas la réduction de l’utilisation des matières premières au cœur des méthodes par lesquelles les pays décarbonisent leurs économies.
En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York la semaine dernière, l’hôte de la COP31, la Turquie, a présenté des propositions visant à accélérer les réductions d’émissions au cours de la prochaine décennie. Ses plans prévoient des objectifs globaux visant à augmenter la part des produits recyclés dans l’utilisation des matériaux à au moins 15 % (contre 6,9 % en 2025) et à réduire de moitié la production de déchets d’ici 2035.
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Patrick Schröder est chercheur sénior au Centre Environnement et Société de Chatham House.
Un sommet sur le climat qui se veut sérieux dans la mise en œuvre ne peut pas se permettre d’exclure des réductions d’émissions majeures. Or, c’est le risque que la COP31 affronte si elle ne place pas la réduction de l’utilisation des matières premières au cœur des modes de décarbonisation des économies.
En marge de l’Assemblée générale des Nations Unies à New York la semaine dernière, l’hôte de la COP31, la Turquie, a présenté des propositions pour accélérer les réductions d’émissions au cours de la prochaine décennie. Ses plans prévoient des objectifs mondiaux visant à augmenter la part des produits recyclés dans l’utilisation des matériaux à au moins 15 % (contre 6,9 % en 2025) et à réduire de moitié la production de déchets d’ici 2035.
La COP31 représente une occasion de relier les efforts visant à améliorer la circularité des matériaux à des engagements climatiques nationaux plus ambitieux et à des trajectoires d’atténuation plus fortes. Mais ces objectifs pourraient être bien plus ambitieux.
L’argument en faveur de la circularité
L’Accord de Paris ne peut être réalisé uniquement par une électricité plus propre. Nous devons aussi réduire les émissions qui sont liées à la manière dont nous extrayons les ressources, fabriquons les produits, construisons les infrastructures et traitons les déchets.
Les principes de circularité sont essentiels pour des trajectoires d’atténuation crédibles : concevoir des technologies et des produits pour qu’ils durent, les réparer et les réutiliser, et réduire la demande de ressources virginies.
L’ampleur de l’opportunité est frappante. Une revue récente de l’Agence européenne pour l’environnement a estimé que l’adoption de tels principes pourrait générer une réduction moyenne potentielle des émissions mondiales de 52 % dans le secteur des déchets par rapport à un scénario « business as usual », 48 % dans la construction et les bâtiments, 28 % dans les transports et la mobilité, 26 % dans l’industrie et 24 % dans l’agriculture.
Ces chiffres renforcent l’argument en faveur d’une ambition accrue en matière de circularité à l’échelle de l’économie, promettant bien plus que de simples bacs de recyclage améliorés.
En fait, recycler les minéraux utilisés dans les équipements de technologies propres illustre l’étendue des économies d’émissions possibles. L’empreinte carbone des minéraux et des métaux récupérés à partir de sources secondaires peut être jusqu’à 80 % inférieure à celle des matériaux issus de nouveaux gisements et du traitement, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Un important projet financé par l’Union européenne estime que les matériaux récupérés pourraient remplacer jusqu’à 56 % des besoins européens en ressources primaires critiques d’ici 2050, à condition d’atteindre la qualité nécessaire. L’enseignement principal va au-delà de l’Europe : les produits d’hier peuvent devenir les ressources stratégiques de demain tout en atténuant le changement climatique.
Dans cette optique, viser une part de 15 % de matériaux récupérés n’est pas suffisant.
Le Circularity Gap Report, fondé sur des données factuelles, prévoit qu’un objectif de 17 % d’ici 2032 est possible et pourrait débloquer des réductions d’émissions supplémentaires équivalant à plusieurs gigatonnes de CO2.
Réduire la demande de matériaux
Une métrique de circularité plus élevée n’est toutefois qu’une partie de la solution. Une économie peut augmenter son taux de recyclage tout en extrayant davantage de matériaux primaires si la demande totale en matériaux continue de croître.
La question plus épineuse à laquelle les gouvernements doivent répondre est d’identifier quelles réductions de l’utilisation des matériaux primaires sont nécessaires.
Le Circularity Gap Report utilise une référence indicative de huit tonnes de matériaux vierges consommés par personne et par an. Cela se traduit déjà dans les politiques publiques : la stratégie allemande d’économie circulaire 2024 vise à réduire la consommation de ressources primaires, et l’Agence fédérale de l’environnement allemande identifie six à huit tonnes par personne comme objectif ambitieux.
Réduire la demande de matériaux primaires nécessitera une meilleure intégration des politiques énergétiques et des ressources. Des véhicules électriques efficaces, alimentés à l’énergie solaire, peuvent compléter un meilleur transport public et des villes propices à la marche, tandis que des batteries conçues pour être réparées et réutilisées pour le stockage d’énergie stationnaire avant d’être recyclées réduiront l’empreinte matérielle des services de transport et des énergies propres.
Un développement coordonné des infrastructures et une planification urbaine peuvent éviter des surconstructions inutiles, tandis que la rénovation du parc de bâtiments existants réduit la demande de nouveaux aciers, ciment et aluminium, produits dont les émissions lors de leur fabrication sont élevées. Relier la chaleur résiduelle industrielle aux réseaux de chaleur urbains peut encore réduire la demande énergétique et les émissions.
Ce que les gouvernements devraient convenir à la COP31
La COP31 peut traduire cette approche en trois engagements concrets.
Premièrement, les gouvernements devraient convenir d’une ambition de circularité plus robuste, soutenue par des indicateurs d’empreinte matérielle et des jalons. La présidence devrait chercher à faire reconnaître ces priorités dans les résultats négociés, parallèlement à des partenariats concrets de mise en œuvre dans son Agenda d’action COP31.
Deuxièmement, les pays devraient intégrer des mesures chiffrées d’économie circulaire dans leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDN) révisées et leurs plans de mise en œuvre. Ces mesures devraient inclure des objectifs de réutilisation, d’efficacité matérielle et de circularité, ainsi que des estimations transparentes des économies d’émissions qui évitent le double comptage entre secteurs. À la fin de 2025, 101 feuilles de route et plans nationaux pour l’économie circulaire avaient été élaborés, mais ils restaient souvent déconnectés des CDN.
Troisièmement, le financement climatique devrait soutenir la mise en œuvre de solutions circulaires telles que la récupération à grande échelle des matériaux, les investissements dans des chaînes de valeur des minéraux critiques circulaires au-delà de l’extraction minière, le développement d’une économie du plastique circulaire et la conception de bâtiments et de villes favorisant la réutilisation des matériaux. Les pays en développement ont besoin de technologies, de financements accessibles et de soutien pour réaliser ces ambitions, y compris pour les travailleurs informels dont les moyens de subsistance dépendent de la récupération et du recyclage des matériaux.
Le test pour la COP31 est d’arriver à un accord qui puisse amorcer la transformation de nos systèmes de production et de consommation ainsi que leur financement.
Un objectif principal de circularité n’aura guère d’effet sans des politiques qui s’attaquent à la demande absolue de ressources et qui permettent des baisses mesurables des émissions. Mais la COP31 offre une occasion de faire de la circularité un élément central de la politique climatique, avec des cibles suffisamment fortes pour produire un impact et des institutions capables de les mettre en œuvre.