Difficiles à décarboner : est-ce vraiment aussi difficile – ou une justification du retard ?
31 mai 2026
Bill Hare est PDG et scientifique principal chez Climate Analytics.
Le terme « hard-to-abate » est largement avancé par les industries lourdes — comme le secteur du fer et de l’acier — pour soutenir l’idée qu’il n’est pas nécessaire de réduire rapidement les émissions, ou pour justifier leur foi continue dans la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CCUS) — ou dans les mécanismes de compensation — afin d’atteindre les objectifs climatiques.
Mais continuer à classifier des secteurs industriels fortement polluants comme « hard-to-abate » met en péril la capacité du monde à atteindre des émissions nettes nulles de CO2 d’ici le milieu du siècle, ce qui est crucial pour l’objectif de l’Accord de Paris consistant à limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Dans un rapport récent, nous avons mené une analyse médico-forensique des secteurs du fer et de l’acier (ainsi que du ciment), démontrant comment l’étiquette « hard-to-abate » a façonné à la fois les politiques et les actions industrielles de manière à risquer d’entraver l’urgence et l’efficacité des efforts mondiaux d’atténuation climatique. Le secteur du fer et de l’acier représente environ 7 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les technologies permettant d’atteindre zéro émission dans la production d’acier existent aujourd’hui à l’échelle commerciale, soutenues par des politiques publiques solides.
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Bill Hare est PDG et scientifique principal chez Climate Analytics.
Le terme « hard-to-abate » est largement avancé par les industries lourdes — comme le secteur du fer et de l’acier — pour soutenir l’idée qu’il n’est pas nécessaire de réduire rapidement les émissions, ou pour justifier leur foi continue dans la capture, l’utilisation et le stockage du carbone (CCUS) — ou dans les mécanismes de compensation — afin d’atteindre les objectifs climatiques.
Mais continuer à classifier des secteurs industriels fortement polluants comme « hard-to-abate » met en péril la capacité du monde à atteindre des émissions nettes nulles de CO2 d’ici le milieu du siècle, ce qui est crucial pour l’objectif de l’Accord de Paris consistant à limiter le réchauffement à 1,5 °C.
Dans un rapport récent, nous avons mené une analyse médico-forensique des secteurs du fer et de l’acier (ainsi que du ciment), démontrant comment l’étiquette « hard-to-abate » a façonné à la fois les politiques et les actions industrielles de manière à risquer d’entraver l’urgence et l’efficacité des efforts mondiaux d’atténuation climatique. Le secteur du fer et de l’acier représente environ 7 à 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Les technologies permettant d’atteindre zéro émission dans la production d’acier existent aujourd’hui à l’échelle commerciale, soutenues par des politiques publiques solides.
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Pourtant ce secteur a convaincu les gouvernements qu’il ne peut pas réduire ses émissions sans CCS — comme en témoigne l’annonce récente du gouvernement allemand qui réserve 6 milliards d’euros (7 milliards de dollars) pour s’attaquer aux secteurs hard-to-abate comme l’acier, qui inclut l’invitation à des propositions de projets CCUS.
Les émissions liées au fer et à l’acier devraient actuellement être réduites d’environ 10 % d’ici 2050. Or, dans les scénarios descendantes qui limitent le réchauffement à 1,5 °C — comme la feuille de route « Net Zero Emissions » de l’Agence internationale de l’énergie — les émissions combinées de CO2 du fer et de l’acier diminueraient d’environ 23 % d’ici 2030 par rapport aux niveaux de 2023, 46 % d’ici 2035 et 94 % d’ici 2050.
Les technologies existantes et la réduction de la demande peuvent réduire les émissions
La production d’acier se fait selon l’une des trois méthodes suivantes. Près des trois quarts de l’acier mondial est encore fabriqué par le chemin « haut-fourneau → convertisseur à oxygène » (BF-BOF). Dans ce procédé, le charbon est transformé en coke à haute température pour fournir le monoxyde de carbone nécessaire à la réduction du minerai de fer en fer. Le charbon alimente généralement aussi le haut fourneau et l’étape de fabrication de l’acier. Toutes les étapes de ce processus génèrent du CO2.
La seconde méthode est « ferraille réduite directement vers four électrique » (DRI-EAF) où le minerai de fer est réduit dans un four de réduction directe à l’état solide à l’aide d’un gaz de réduction tel que l’hydrogène ou du gaz de synthèse (souvent dérivé de combustibles fossiles). Comme son nom l’indique, les fours à arc électrique sont alimentés par l’électricité, il existe donc un choix de sources de production d’électricité.
Enfin, il y a le recyclage de la ferraille dans les fours à arc électriques (EAF), qui peut également être entièrement alimenté par des énergies renouvelables.
Ce secteur, nous le constatons, pourrait atteindre des émissions résiduelles de CO2 proches de zéro vers 2050 en se fondant sur les technologies actuellement disponibles. S’il est complété par des interventions fortes du côté de la demande sans CCUS à grande échelle, ce secteur pourrait potentiellement éliminer le besoin d’émissions négatives de CO2.
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Des mesures de réduction de la demande, comme l’augmentation de l’utilisation d’acier secondaire et l’amélioration de l’efficacité des matériaux, pourraient réduire les besoins en acier d’environ 20 % d’ici 2050, rendant une décarbonation profonde encore plus atteignable. Des réductions importantes des émissions pourraient être obtenues grâce à des stratégies d’économie circulaire qui réduisent la demande d’acier, par exemple en limitant la « sur-spécification » de l’acier dans la construction, ce qui pourrait abaisser l’utilisation de l’acier de 35 à 45 %.
Le retrofit avancé des installations existantes pourrait aussi aider à limiter le réchauffement à 1,5 °C. Le remplacement par l’hydrogène vert et, uniquement lorsque nécessaire, le CCUS, pourrait conduire à d’importantes réductions allant jusqu’à 66 % des émissions cumulées de ce secteur entre 2020 et 2050, par rapport aux niveaux d’émissions estimés sans aucune intervention.
CCUS non efficace pour l’industrie
L recours à la CCUS et aux compensations par l’industrie doit aussi être replacé dans le contexte des doutes sur le potentiel réel d’atténuation de ces voies. Malgré sa promotion fréquente, le déploiement du CCUS dans les secteurs dits « hard-to-abate » — ou dans n’importe quel secteur — demeure marginal lorsque l’on parle d’atténuation des émissions.
Le recours au CCUS comporte des risques techniques, économiques et d’évolutivité importants. Il ne peut pas capturer 100 % des émissions; des émissions résiduelles sont inévitables.
La capacité annoncée combinée des projets CCUS qui fonctionnent, sont prévus ou en construction dans le secteur de l’acier n’est que de 9 millions de tonnes de CO2 par an. Cela représente seulement 0,3 % du total des 2,6 milliards de tonnes de CO2 que le secteur sidérurgique a émis en 2022.
Il n’existe que deux projets CCUS opérationnels dans le secteur mondial du fer et de l’acier, qui affichent des taux de capture minimes. En dehors de ceux-ci, on compte uniquement onze projets prévus et un projet enconstruction (à deux étapes). Cela se compare à plus de mille aciéries en activité ou en développement à l’échelle mondiale.
Les compensations, par leur conception, permettent des émissions de CO2 qui se produiraient autrement en l’absence de ces mécanismes et manquent souvent d’additionalité, de permanence et de vérifiabilité, ce qui les prive de toute véritable atténuation.
Dans l’ensemble, le CCUS et les mécanismes de compensation permettent aux entreprises de retarder l’investissement dans des solutions transformatrices. Des politiques et une réglementation plus robustes devraient plutôt envisager de traiter des secteurs comme le fer et l’acier comme des secteurs typiques assortis d’obligations de réduction des émissions compatibles avec 1,5 °C, réduisant ainsi la dépendance envers les émissions négatives d’ici le milieu du siècle.
Françoise Perrin
Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.