Alors que Donald Trump affirme que son plan pour Gaza sera accepté, Binyamin Netanyahou est très peu enclin à accepter une telle entente avant l’élection générale israélienne d’octobre. Sa réaction immédiate a été suffisamment nette: il n’y aura aucun retrait militaire israélien tant que le Hamas ne sera pas totalement démantelé.
On en déduit que l’avenir à long terme des deux millions de Palestiniens entassés dans à peine un tiers de la superficie originale de Gaza dépend largement de la capacité du premier ministre israélien à conserver le pouvoir. Mais même s’il perd, l’opposition à la Knesset est si divisée qu’il n’y a aucune garantie qu’un gouvernement entrant cherchera un règlement juste avec les Palestiniens.
Bien qu’un soutien décroissant pour Israël aux États‑Unis soit sans doute une préoccupation majeure pour Netanyahou, l’opinion publique israélienne importe, pour l’instant, bien plus. Dans les deux mois à venir, il cherchera à centrer les intentions de vote israéliennes sur la sécurité nationale, en ramenant sans cesse les esprits sur l’impact des attaques du Hamas du 7 octobre il y a trois ans.
Plus précisément, Netanyahou insistera sur la nécessité pour les Israéliens d’avoir un contrôle total sur Gaza. Les bombardements aériens israéliens sur le territoire se poursuivront et devraient être étendus, provoquant probablement des réactions du Hamas. Il envisage aussi d’accentuer les tensions en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, dont la sécurité, il l’espère, deviendra une autre préoccupation majeure pour les électeurs.
Des incursions soutenues par le gouvernement menées par des extrémistes religieux juifs augmentent déjà en Cis-Jordanie, encouragées par le ministre de la sécurité nationale Itamar Ben Gvir, qui dirige une faction puissante de la coalition au pouvoir en Israël. Il y a deux semaines, Ben Gvir a conduit plus de 2 000 Israéliens à forcer l’entrée du complexe entourant la mosquée al‑Aqsa – largement considérée comme l’un des lieux les plus saints de l’islam – ce qui, selon des responsables jordaniens, a été la pire violation de l’histoire moderne.
Par ailleurs, Netanyahou espère aussi attirer l’attention sur les tensions persistantes avec le régime dur d’Iran, ainsi que le Hezbollah au Liban et les paramilitaires islamistes en Syrie et en Irak.
Les critiques pourraient soutenir que bon nombre de ces problèmes proviennent des échecs mêmes de la coalition Netanyahou, mais cela n’impressionne guère les Israéliens pour l’instant. Même l’argument selon lequel le soutien public à Israël aux États‑Unis s’érode peut être retourné; après tout, Trump s’est montré si imprévisible qu’Israël doit toujours être prêt à agir seul.
Quoi qu’il en soit, le danger à long terme pour les futurs gouvernements israéliens pourrait ne pas venir de facteurs locaux ou régionaux mais de la communauté internationale – en particulier des alliés traditionnels d’Israël dans l’Occident.
Un soutien mondial envers les Palestiniens s’est accru au milieu de la destruction quasi totale de Gaza par Israël depuis octobre 2023, qui a laissé près de 100 000 personnes mortes ou portées disparues, et ceux qui survivent piégés dans une prison à ciel ouvert. Ce soutien est appelé à croître encore à mesure que se multiplient les preuves des horreurs israéliennes.
Au Royaume‑Uni, par exemple, deux nouveaux livres publient des récits de première main sur le traitement des Palestiniens. L’un est Complicit: Britain’s Role in the Destruction of Gaza, du journaliste Peter Oborne, un rapport étayé sur le soutien du Royaume‑Uni à Israël, et l’autre est The Gaza Tribunal: Britain’s Complicity in Genocide, qui détaille les conclusions d’une enquête menée par l’ancien dirigeant travailliste Jeremy Corbyn et les avocats des droits humains Neve Gordon et Shahd Hammouri. Le tribunal, que Corbyn a instauré après que le Parlement a refusé d’enquêter, s’est tenu à Londres et a entendu des témoignages, souvent dans un détail sombre, de professionnels de la santé internationaux qui ont travaillé dans les hôpitaux de Gaza.
Au cours des 80 dernières années, des gouvernements israéliens successifs ont jugé nécessaire d’investir des ressources considérables afin de maintenir de nombreuses amitiés avec des personnalités politiques influentes et d’autres responsables gouvernementaux à travers le monde. Dans les premières décennies de l’État d’Israël, cela n’était guère surprenant, compte tenu des souvenirs des horreurs de la Shoah.
Certaines de ces amitiés se sont refroidies ces dernières années. Cela est actuellement perçu comme un problème mineur par Netanyahou et d’autres membres de son gouvernement, mais pourrait bien devenir un problème bien plus important dans les années à venir – d’autant plus que le traitement épouvantable des Palestiniens passe à peine inaperçu pour la majorité des Juifs israéliens.
Certains responsables politiques israéliens commencent déjà à s’inquiéter du fait que les États européens ciblent des produits individuels exportés des colonies illégales de la Cisjordanie. Ils redoutent d’autres contraintes économiques internationales, telles que les boycotts, le désinvestissement et les sanctions.
Le critère pourrait s’avérer être ce qui se passe au Royaume‑Uni. Des gouvernements récents se sont engagés, les uns après les autres, à maîtriser les dissensions publiques concernant le traitement des Palestiniens par Israël, y compris des interprétations juridiques novatrices du terrorisme qui ont conduit à l’arrestation de milliers de manifestants. On peut s’attendre à ce que le nouveau gouvernement d’Andy Burnham fasse face à une forte opposition s’il adopte la même approche. Mais s’il change de cap, alors celui qui remportera les prochaines élections israéliennes devrait en tirer la leçon.