Le gouvernement doit défendre la liberté d’expression de manière constante ou risquer d’accentuer les divisions

4 juin 2026

Alors que le Parti travailliste cherchait à rassembler ses forces à la suite des lourds revers infligés lors des élections locales de mai, le premier ministre Keir Starmer a écrit qu’il était nécessaire d’adopter une approche « unificatrice plutôt que divisive ». Or, son gouvernement doit agir rapidement pour tenir cette promesse – d’autant plus à la lumière des événements récents.

Nous avons assisté à l’émergence de lignes de fracture profondes sur un éventail de questions. La manière dont les gens expriment leurs opinions – que ce soit sur les réseaux sociaux, lors de manifestations ou dans les interactions quotidiennes – et la façon dont ces opinions sont entendues ou censurées est devenue le nouveau terrain des guerres culturelles.

La liberté d’expression fait l’actualité chaque jour, des récentes interdictions de voyager aux slogans scandés lors des manifestations.

Selon la personne à qui l’on parle, on peut entendre dire que l’on « ne peut plus rien dire », ou que les protestations ont été restreintes par des lois successives, ou que les pouvoirs antiterroristes ont été utilisés pour proscrire Palestine Action.

Certains se sont mobilisés pour la cause des personnes arrêtées pour des délits de communication sur les réseaux sociaux. D’autres ont défendu des orateurs qui se sont vus refuser l’entrée au Royaume‑Uni. Des accusations d’étouffement et de police à deux vitesses abondent, comme l’ont affirmé des responsables politiques cette semaine.

Trois éléments se dégagent clairement.

Le premier est que la plupart des personnes et des organisations défendent la liberté d’expression de manière sélective, ne le faisant que lorsque la parole ou l’orateur en question correspond à leurs opinions et affiliations politiques. Cela se manifeste généralement de manière très publique, ce qui les expose à l’accusation d’hypocrisie.

Cela affaiblit notre tolérance envers les discours que nous trouvons difficiles ou offensants, car pas assez de personnes défendent le principe même de la liberté d’expression. Le résultat net est qu’il devient plus facile d’affirmer qu’il existe un problème fondamental avec la liberté d’expression au Royaume‑Uni.

Deuxièmement, les lois régissant la liberté d’expression au Royaume‑Uni sont très mal comprises.

La liberté d’expression n’est pas unfettered – c’est un droit qualifié qui doit être mis en balance avec d’autres droits.

Notre liberté d’expression est protégée par l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, même si nos opinions sont profondément impopulaires ou susceptibles de déranger ou d’offenser autrui. Ce n’est pas un privilège, c’est un droit – essentiel à notre démocratie, et qui doit être aussi large que possible. Mais ce n’est pas un droit absolu; des dizaines d’infractions pénales séparent la parole licite de la parole illicite au Royaume‑Uni.

L’un des critères pour déterminer si une parole est illicite est le contexte. C’est pourquoi une analyse superficielle d’un récent procès très médiatisé peut sembler injuste si on le compare à un autre – car, en matière de parole, le contexte est tout. Mais encore une fois, si ce point n’est pas bien compris, alors l’affirmation selon laquelle il existerait un problème de liberté d’expression au Royaume‑Uni peut prendre de l’ampleur.

Troisièmement, la réponse du gouvernement a été au mieux inutile, ouvrant la voie à davantage de soucis.

La série de lois sur les manifestations, encombrantes et restrictives, et l’élargissement des pouvoirs antiterroristes ont transformé le paysage législatif. La liberté d’expression, telle qu’elle s’exprime à travers les manifestations, a été entravée. Mais le gouvernement s’est aussi retrouvé à tenter d’anticiper des titres politiquement peu utiles en adoptant des positions incohérentes, plutôt que de défendre le principe de la liberté d’expression.

Le gouvernement a un rôle crucial à jouer dans la sauvegarde de la liberté d’expression. Son devoir est de protéger notre droit d’exprimer des opinions divergentes et de les partager avec autrui sans intervention de l’État, tout en les équilibrant avec notre droit collectif à vivre sans peur et sans violence.

Au Royaume‑Uni, nous disposons d’un cadre législatif imparfait mais relativement cohérent en matière de liberté d’expression, qui reflète l’arrangement politique d’une démocratie libérale et pluraliste.

Certaines de ces dispositions doivent changer. Nos lois sur les manifestations nécessitent une refonte immédiate, la parole d’intérêt public doit être protégée par l’abrogation des SLAPPs (Strategic Lawsuits Against Public Participation), et l’application de nos lois sur la liberté d’expression doit être adaptée à l’ère numérique. Mais, dans l’ensemble, nous n’avons pas besoin de « nouvelles » lois sur la liberté d’expression. Nous avons besoin que les lois existantes soient appliquées de manière cohérente, et que le gouvernement prenne l’initiative de trouver un meilleur équilibre entre la gestion des préoccupations d’ordre public et le maintien de la liberté d’expression.

Pourquoi cela importe-t-il ? À l’approche des élections générales de 2029, on peut s’attendre à entendre que le Royaume‑Uni est dans une « crise de la liberté d’expression ». Cette narration a longtemps été relayée par ceux qui veulent ouvrir la voie à l’abrogation des lois relatives aux droits de l’homme et à la suppression des restrictions légales de manière à décriminaliser effectivement les discours de haine.

Établir une défense claire et robuste de la liberté d’expression – soutenue par une approche claire et cohérente – est impératif pour le gouvernement s’il veut peser sur l’échiquier politique.

Dans les mois à venir, ce gouvernement travailliste devra démontrer un leadership urgent sur cette question en adoptant une approche non partisane de la liberté d’expression. S’il poursuit sur la voie du renforcement du contrôle et d’un accroissement des restrictions sur les discours licites, il n’unira pas notre pays divisé, mais risque de créer une société plus fragmentée, alienée et polarisée – ouvrant un précédent politique dangereux pour les gouvernements futurs qui pourraient aller beaucoup plus loin.

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.