Le principe pollueur-payeur est devenu un enjeu grand public
30 juillet 2026
Anne Jellema est directrice exécutive de 350.org et David Hillman est directeur de Stamp Out Poverty.
Cette semaine qui vient, alors que la chaleur record s’est transformée en incendies de forêt meurtriers, les grandes compagnies pétrolières et gazières publieront leurs résultats du deuxième trimestre et l’on s’attend largement à ce que leurs profits aient doublé, voire quadruplé, au cours des trois derniers mois. L’obscénité de cette contradiction est difficile à ignorer.
L’analyse d’Oxfam, publiée au moment où démarre la saison des résultats du deuxième trimestre, montre que les six plus grandes entreprises fossiles du monde — BP, Chevron, Eni, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies — devraient voir leurs revenus nets combinés presque doubler par rapport au premier trimestre, passant de 23 milliards à environ 45 milliards de dollars.
Leurs profits prévus pour l’année entière, s’élevant à 147 milliards de dollars, dépasseraient tout ce que les six firmes ont gagné ensemble au cours des 21 mois précédents. Les profits de Chevron à eux seuls devraient avoir été multipliés par quatre, atteignant 1 200 dollars par seconde au cours des trois derniers mois; ceux d’ExxonMobil auraient à peu près triplé, à 1 800 dollars par seconde. La juxtaposition de profits à une telle échelle, arrivant dans les mêmes semaines où les communautés comptent les coûts des vagues de chaleur mortelles, des incendies de forêt et de factures d’énergie élevées, devient de plus en plus difficile à ignorer.
Couvrir le coût des dommages climatiques
Il n’y a pas si longtemps, l’idée que les compagnies fossiles devraient contribuer directement au financement des dommages climatiques était écartée comme une rhétorique activiste. Aujourd’hui, elle se voit reflétée dans la législation, les poursuites et les débats de politique publique grand public.
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Anne Jellema est directrice exécutive de 350.org et David Hillman est directeur de Stamp Out Poverty.
Cette semaine qui vient, alors que la chaleur record s’est transformée en incendies de forêt meurtriers, les grandes sociétés pétrolières et gazières annonceront leurs résultats du deuxième trimestre et l’on s’attend largement à ce que leurs profits aient doublé, voire quadruplé, au cours des trois derniers mois. L’obscénité de cette contradiction est difficile à ignorer.
L’analyse d’Oxfam, publiée au démarrage de la saison des résultats du 2e trimestre, montre que les six plus grandes sociétés fossiles du monde — BP, Chevron, Eni, ExxonMobil, Shell et TotalEnergies — sont sur la voie d’un quasi-doublement de leurs revenus nets combinés par rapport au premier trimestre de l’année, passant de 23 milliards à environ 45 milliards.
Leur profit annuel prévu de 147 milliards de dollars dépasserait tout ce que les six sociétés ont gagné ensemble au cours des 21 mois précédents. Les bénéfices de Chevron à eux seuls devraient avoir quadruplé pour atteindre 1 200 dollars par seconde au cours des trois derniers mois; ceux d’ExxonMobil auraient presque triplé, à environ 1 800 dollars par seconde. La juxtaposition de profits à une telle ampleur, survenant au milieu des périodes où les communautés paient le prix des vagues de chaleur mortelles, des incendies de forêt et de factures d’énergie élevées, devient de plus en plus difficile à ignorer.
Couvrir le coût des dommages climatiques
Il n’y a pas si longtemps, l’idée que les entreprises fossiles devraient contribuer directement au financement des dommages climatiques était rejetée comme simple rhétorique militante. Aujourd’hui, elle se retrouve dans la législation, les litiges et le débat politique grand public.
Plusieurs États américains ont adopté des lois « Climate Superfund » obligeant les grandes sociétés fossiles à aider à financer l’adaptation au climat et la reconstruction après les catastrophes. Les tribunaux entendent des affaires visant une indemnisation pour les dommages climatiques, tandis que les gouvernements européens continuent de débattre de l’avenir des impôts sur les profits exceptionnels tirés d’énergies, et des mesures robustes pour empêcher le shopping de juridictions et ancrer les droits d’imposition dans l’activité économique réelle. Les gouvernements qui se réuniront à New York le mois prochain pour négocier le cadre devraient saisir l’occasion pour s’engager en faveur de ces deux volets.
Des militants de Fossil Free London déguisés en pompiers, tandis que d’autres versaient un liquide noir ressemblant à de l’huile sur leur tête, lors d’une manifestation devant le quartier général mondial de Shell avant l’annonce de ses résultats du 2e trimestre, le 29 juillet 2026. (photo: Fossil Free London)
Des militants de Fossil Free London déguisés en pompiers, tandis que d’autres versaient un liquide noir ressemblant à de l’huile sur leur tête, lors d’une manifestation devant le quartier général mondial de Shell avant l’annonce de ses résultats du 2e trimestre, le 29 juillet 2026. (Photo : Fossil Free London)
Les enjeux sont élevés car l’économie de la transition énergétique devient de plus en plus claire. L’électricité renouvelable est désormais l’une des formes les moins coûteuses de production d’énergie nouvelle dans une grande partie du monde. Or, de nombreux pays dotés de ressources renouvelables abondantes restent confrontés à des coûts d’emprunt prohibitifs, limitant leur capacité à investir à la vitesse nécessaire. Pendant ce temps, d’énormes profits des combustibles fossiles restent peu taxés ou échappent totalement à l’imposition dans de nombreuses juridictions.
Une analyse réalisée par Global Alliance for Tax Justice et ses partenaires estime qu’une surtaxe de 20 % sur les profits des 100 plus grandes entreprises pétrolières et gazières du monde aurait pu générer plus d’un billion de dollars depuis la signature de l’Accord de Paris en 2015.
Il est temps de concevoir des mécanismes pour la justice
Que les gouvernements retiennent ou non ce mécanisme particulier est en fin de compte une décision politique. Mais l’analyse illustre un point plus large : les affirmations selon lesquelles l’investissement public dans la résilience climatique ou dans l’énergie propre serait insoutenable coexistent mal avec l’ampleur des profits que génère régulièrement l’industrie des combustibles fossiles, des profits qui, ce trimestre, devraient presque doubler en trois mois.
Il existe des débats légitimes sur la conception des taxes sur les profits exceptionnels, la compétitivité, les incitations à l’investissement et la coordination internationale. Mais le principe plus large — que ceux qui ont le plus tiré profit de l’exploitation des combustibles fossiles devraient contribuer davantage à la gestion de leurs conséquences — ne se limite plus aux groupes de pression.
La chaleur extrême coûte 2 % du PIB des travailleurs les plus pauvres d’Inde, selon une enquête
Il devient de plus en plus partie intégrante des débats grand public parmi les décideurs, les économistes et les juristes et, s’il est bien conçu, de tels mécanismes inciteront les investissements là où ils sont nécessaires et renforceront la coordination internationale.
Cet été a rendu cette discussion difficile à éviter. La question n’est plus de savoir si les géants des combustibles fossiles doivent payer les coûts économiques et humains énormes subis chaque jour par les communautés en raison de notre climat qui se réchauffe rapidement. Il s’agit désormais de savoir quand les gouvernements s’engageront et les feront payer, pour les dégâts déjà causés et pour construire la résilience dont nous aurons besoin pour l’avenir.
Françoise Perrin
Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.