Le monde paraît plus instable que jamais dans la mémoire collective. La guerre est de retour en Europe. La rivalité entre grandes puissances s’est durcie et se manifeste désormais sous la forme de pressions économiques. Les effets du changement climatique dépassent les cadres et les institutions censés les gérer, et les avancées dans l’éradication de l’extrême pauvreté piétinent. Parallèlement, l’ordre international fondé sur des règles est menacé, et ce n’est pas seulement par les pays qui l’ont édifié.
Le nouveau gouvernement d’Andy Burnham héritera d’une politique étrangère qui a été active mais fondamentalement défensive ou, comme nous l’avons vu dans les données d’aide publiées cette semaine, en déclin. Sous Keir Starmer, le Royaume‑Uni a démontré un véritable leadership mondial sur l’Ukraine et s’est efforcé de maintenir les alliances au milieu d’une période orageuse de la politique américaine.
Ces efforts ont été nécessaires et parfois efficaces, mais ils constituent une gestion de crise, non une mise en place d’un agenda. Ils présentent le rôle du Royaume‑Uni sur la scène internationale comme celui qui empêche l’aggravation des situations. Or cela ne suffit pas.
Dans sa première intervention sur la politique étrangère la semaine dernière, Burnham soutenait que la Grande‑Bretagne doit reconstruire sa « hard power » pour affronter un monde plus sombre, tout en affirmant que les pays travaillent avec nous parce qu’ils savent ce que nous défendons. Il a raison sur les deux points. La question qui se pose désormais est de savoir si son gouvernement saura traduire cette deuxième intuition en une vision confiante et cohérente de ce pour quoi la Grande‑Bretagne est réellement.
Le point de départ honnête est que la Grande‑Bretagne est une puissance moyenne. Le Premier ministre canadien Mark Carney, s’exprimant à Davos en janvier, appelait ses homologues à tracer un chemin de résilience mutuelle et de construction de coalitions pour les puissances moyennes. Cette identité convient au Royaume‑Uni, un pays longtemps réticent à être défini uniquement par l’Europe, qui ne peut plus ancrer sa politique étrangère dans sa « relation spéciale » avec les États‑Unis, et qui partage plus de préoccupations avec des nations situées de l’ancien cap nord‑sud du monde que ne le suggère la carte diplomatique.
Être une puissance moyenne ne signifie pas être un acteur mineur. Le Royaume‑Uni compte parmi les économies les plus interdépendantes au monde; il a contribué à la mise sur pied presque de toutes les grandes institutions multilatérales, il accueille le Secrétariat du Commonwealth et, jusqu’à récemment, était une véritable superpuissance de l’aide. Mais son levier n’est pas aujourd’hui employé de manière stratégique.
Il est donc temps de changer cela. Le Royaume‑Uni assumera la présidence et l’enceinte du G20 en 2027 et devrait occuper la présidence du G7 en 2028. Le G20 demeure le seul forum réunissant à la fois les économies avancées et les grandes puissances émergentes au plus haut niveau politique. Il est désordonné, disputé et imparfait, mais indispensable, et son ordre du jour n’est pas prédéterminé. Les pays hôtes disposent d’un réel pouvoir d’influence, et le Royaume‑Uni prendra la tête après une présidence américaine perturbatrice qui a marginalisé les initiatives progressistes et réduit l’engagement des parties prenantes. Ce contexte accroît à la fois le risque de fragmentation et l’importance d’un leadership crédible.
Alors, à quoi devrait ressembler un programme ambitieux ? Pas une élégance théorique, mais une progression concrète.
Le Royaume‑Uni devrait profiter de sa présidence du G20 pour impulser une collaboration en faveur d’un impôt minimum mondial sur les grandes fortunes, soutenant l’idée avancée par Liam Byrne, député travailliste et ancien secrétaire d’État au Trésor, dans un essai récent pour la New Economics Foundation. Cela aiderait à lutter contre l’inégalité croissante des richesses et à mobiliser des ressources précieuses aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres. Dans le même think tank, dont je suis le directeur général, une autre députée travailliste, Polly Billington, a appelé le Royaume‑Uni à diriger une coalition mondiale pour l’énergie propre qui améliorerait la sécurité énergétique et ferait diminuer les factures.
Et il existe plusieurs autres domaines politiques susceptibles de marier espoir et ressources, comme une approche résolue du financement illicite. Le gouvernement devrait exiger davantage de transparence de la part de ses propres Dépendances de la Couronne et Territoires d’Outre‑mer, affronter les propriétés détenues de façon anonyme au Royaume‑Uni, ou instaurer des prélèvements « pollueur-payeur » qui accéléreraient la fin des énergies fossiles et financeraient les biens publics tant à l’intérieur qu’à l’étranger.
Tout cela n’est pas naïf. Le Royaume‑Uni serait entouré de partenaires sérieux. Un ensemble croissant de « coalitions des acteurs » — allant de la Task Force sur les prélèvements de solidarité globale au futur Panel international sur les inégalités et à des gouvernements coopérant pour mettre fin aux combustibles fossiles — progresse là où le multilatéralisme à dénominateur commun ne parvient pas. Le rassemblement des gouvernements progressistes au sommet « Défense de la démocratie » à Barcelone ce printemps a démontré qu’il existe un appétit pour une nouvelle narration de la gouvernance économique mondiale. La Grande‑Bretagne devrait y contribuer et aider à l’écrire.
Surtout, cela concerne l’espoir. Tout comme Burnham a tenté de tracer un chemin d’espoir pour revitaliser les communautés locales et décentraliser le pouvoir vers les personnes et les lieux à travers le Royaume‑Uni, son gouvernement devrait aussi montrer comment nous pourrons collaborer avec d’autres partenaires à travers le monde pour relever des défis collectifs. Une politique étrangère fondée uniquement sur la gestion des menaces n’offre pas aux populations quelque chose à croire.
Le nouveau gouvernement a le choix: soutenir l’ordre ancien pendant qu’il se délite, ou aider à façonner ce qui vient ensuite par le leadership et un accompagnement stratégique des autres. La seconde option est plus exigeante. C’est aussi la seule qui soit digne de l’instant présent.