Harjeet Singh est un militant climatique et conseiller stratégique de l’Initiative Fossil Fuel Treaty, ainsi que directeur fondateur de la Satat Sampada Climate Foundation.
Depuis trente ans, les discussions climatiques mondiales ont abouti à une paralysie des politiques autour de la cause principale de la crise climatique : les combustibles fossiles. Dans les négociations de la CCNUCC (Convention‑cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), la « carte du consensus » a été jouée avec une précision chirurgicale par l’industrie des combustibles fossiles et par les pays producteurs riches afin d’empêcher des actions réellement significatives.
Pendant des décennies, les pourparlers se sont limités à la « demande » — la réduction des émissions — alors que le « côté offre » — l’extraction du pétrole, du gaz et du charbon — était traité comme un sujet interdit. Ce prétendu progrès était comme un tapis roulant qui n’aboutissait à rien malgré beaucoup d’efforts.
Le point de rupture : de Belém à Santa Marta
L’échec a atteint son apogée lors de la COP30 à Belém, où, malgré un soutien répandu, le résultat final n’imposait aucune phase de sortie des combustibles fossiles. Au contraire, le monde a vu la Présidence de la COP30 annoncer une initiative de « feuille de route » à l’extrême fin des négociations — une mesure cosmétique qui n’avait aucune base formelle dans le cadre du processus.
Les couloirs de Belém regorgeaient une fois de plus de lobbyistes, garantissant que le « consensus » reste un outil de retard. Prenant acte de l’impasse de la CCNUCC, les pays du Sud Global au sein de l’Initiative du Traité sur les Combustibles Fossiles ont réclamé une série de conférences dédiées.
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Harjeet Singh est un militant climatique et conseiller stratégique de l’Initiative Fossil Fuel Treaty, ainsi que directeur fondateur de la Satat Sampada Climate Foundation.
Depuis trente ans, les discussions climatiques mondiales ont Abouti à une paralysie des politiques autour de la cause principale de la crise climatique : les combustibles fossiles. Dans les négociations de la CCNUCC (Convention‑cadre des Nations Unies sur les changements climatiques), la « carte du consensus » a été jouée avec une précision chirurgicale par l’industrie des combustibles fossiles et par les pays producteurs riches afin d’empêcher des actions réellement significatives.
Pendant des décennies, les pourparlers se sont limités à la « demande » — la réduction des émissions — alors que le « côté offre » — l’extraction du pétrole, du gaz et du charbon — était traité comme un sujet interdit. Ce prétendu progrès était comme un tapis roulant qui n’aboutissait à rien malgré beaucoup d’efforts.
Le point de rupture : de Belém à Santa Marta
L’échec a atteint son apogée lors de la COP30 à Belém, où, malgré un soutien répandu, le résultat final n’imposait aucune phase de sortie des combustibles fossiles. Au contraire, le monde a vu la Présidence de la COP30 annoncer une initiative de « feuille de route » à l’extrême fin des négociations — une mesure cosmétique qui n’avait aucune base formelle dans le cadre du processus.
Les couloirs de Belém regorgeaient une fois de plus de lobbyistes, garantissant que le « consensus » reste un outil de retard. Prenant acte de l’impasse de la CCNUCC, les pays du Sud Global au sein de l’Initiative du Traité sur les Combustibles Fossiles ont réclamé une série de conférences dédiées.
La Colombie, le plus grand producteur parmi eux, a rompu le statu quo en ouvrant une nouvelle voie : la Première Conférence internationale sur la Transition hors des combustibles fossiles, avec les Pays-Bas comme co‑hôtes.
La conférence pionnière de Santa Marta, à la fin avril, nous a fait passer du « si » au « comment », marquant le passage des engagements à la réalité de la mise en œuvre. Mais à mesure que la poussière retombe, une lutte plus ancienne refait surface : la lutte pour la « plume ».
La main invisible du contrôle
L’histoire montre que lorsque les pays développés ne peuvent plus bloquer un processus, ils tentent de le coloniser. À Santa Marta, nous avons assisté au coup d’ouverture d’un jeu familier — exclusion puis prise de contrôle. Des critiques l’avaient signalé dès le départ, dans une lettre ouverte, dénonçant le mépris systémique pour les vies et les environnements africains dans les politiques mondiales et la marginalisation persistante des voix et des préoccupations des peuples autochtones.
Sous couvert de « soutien technique », les nations riches ont cherché à orienter le résultat des groupes de travail vers des institutions dominées par le Nord global. Malgré l’expertise qu’elles peuvent apporter, pourquoi les organes reconnus pour ce processus sont-ils exclusivement basés dans une région qui ne représente que 20 % de la population mondiale ?
Le rapport rédigé à la hâte, contenant les « Notes des présidents » de Santa Marta, nécessite un examen et soulève les préoccupations suivantes :
- Le Piège de la Feuille de Route : Relier les plans nationaux de transition au Panel scientifique sur la transition énergétique mondiale (SPGET) et au Partenariat NDC. Ces organes, largement dominés par des experts occidentaux, risquent d’imposer des cadres qui considèrent les pays en développement souverains comme des marchés pour le secteur privé. La “science” sera‑t‑elle utilisée pour légitimer un statu quo centré sur le Nord global tout en ignorant la dette, le commerce et les règles de la finance, et d’autres forces qui façonnent la politique nationale ?
- L’Architecture financière : Pousser l’Institut international pour le développement durable (IISD) à diriger les travaux sur les dépendances macroéconomiques vis-à-vis des combustibles fossiles. L’expertise compte, mais à qui sera accordée la priorité en matière de stabilité ? À quelles communautés qui perdent leurs moyens de subsistance, ou aux systèmes financiers mondiaux qui se sont enrichis grâce aux loyers du pétrole ?
- Le Filtre commercial : Amener l’OCDE — le club des nations riches — dans une logique « producteur–consommateur ». C’est un coup d’État pour que le système commercial international continue de servir l’Occident et ses élites sous couvert de « coordination ».

Les « à faire et à ne pas faire » pour les pays développés
Depuis des décennies, la responsabilité des pays riches de fournir des financements publics pour l’action climatique dans les pays vulnérables a été remplacée par l’« effet de levier » du secteur privé. Les pays développés doivent cesser d’utiliser la « finance climatique » comme outil pour ouvrir de nouveaux marchés à leurs multinationales et mettre sur la table un financement véritable, sous forme de subventions, pour soutenir la transition dans le Sud global.
Eux aussi devraient s’abstenir d’obliger chaque initiative à repasser dans les mailles de l’impasse de la CCNUCC, où des progrès significatifs vers une sortie des combustibles fossiles ont été bloqués de manière systématique.
Enfin, il est crucial que le processus de Santa Marta soit reconnu comme un espace souverain permettant aux nations historiquement réduites au silence de tenir les pollueurs responsables, plutôt que d’être traité comme une vitrine pour les exportations occidentales.
Ceci nécessite de s’attaquer à l’hypocrisie des soi-disant « pionniers ». Le Canada, la France, l’Irlande, l’Australie et la Norvège participent à ces conférences en tant que « leaders » tout en autorisant l’expansion du pétrole et du gaz. On ne peut pas diriger une transition tout en versant de l’essence sur le feu. Le leadership exige de mettre fin immédiatement à cette expansion ; tout le reste n’est qu’un coûteux coup médiatique.
L’unité comme outil suprême
Pour les pays en développement, la voie à suivre passe par une unité radicale. La diplomatie du Nord global cherche souvent à diviser et à dominer par des accords bilatéraux qui contournent le pouvoir collectif. Les pays en développement doivent refuser de se laisser intimider.
C’est une opportunité de dépasser les outils qui privilégient la dette et le commerce sur le développement. Collectivement, le Sud global peut construire des cadres techniques et financiers qui renforcent la souveraineté énergétique et la justice. La coopération Sud-Sud doit être le moteur principal d’une transition équitable qui tient les pollueurs historiques pour responsables.
La route vers Tuvalu 2027 — reprendre l’agenda
L’annonce selon laquelle Tuvalu coprésidera la deuxième Conférence en 2027 est une nécessité politique. Tuvalu, pays le moins avancé, est un symbole vivant de la crise climatique et un fer-de-lance de la justice.
Tuvalu doit avoir le pouvoir de fixer l’agenda dès le premier jour. Cela ne peut pas être un autre « espace sûr » pour le dialogue sans engagement, comme lors de la première conférence. La route vers Tuvalu doit faire progresser un mécanisme qui a reçu un soutien plus large à Santa Marta mais qui a été ignoré dans les Notes des présidents : un Traité sur les combustibles fossiles.
Nous avons besoin d’un cadre pour gérer le déclin de l’extraction des combustibles fossiles fondé sur des parts équitables et sur l’équité, transformant la coopération internationale en soutien à des économies résilientes et renouvelables.
Le processus vient tout juste de commencer. Santa Marta a été l’étincelle, mais Tuvalu doit être la salle des machines de la mise en œuvre. Le Sud global doit prendre la plume pour écrire la transition fondée sur l’équité et la justice.