Retour sur le 11 septembre

8 septembre 2026

La première leçon que nous avons immédiatement tirée était que, même si rendre la lecture libre pouvait avoir des répercussions sur notre « modèle économique », si nous conservions un mur payant, personne ne nous lirait du tout. Sans parler du reste du monde. Moins de trois mois plus tard, les avions sont entrés dans les tours jumelles. Il n’y avait pas de télévision au bureau et, bien sûr, pas de smartphones. Certains d’entre nous se sont rendus dans le bar Tapas voisin et ont regardé en direct alors que la seconde tour s’effondrait. Ma fille aînée m’avait déjà appelé depuis son collège pour me dire : « C’est l’Apocalypse ». Radio ces mots résonnant dans mes oreilles, j’ai décidé que nous publierions chaque jour.

J’ai appelé Todd Gitin, notre rédacteur américain, qui enseignait alors à l’NYU. Il avait un appartement en hauteur à Washington Square, où, pendant le petit-déjeuner, lui et sa femme Laurel pensaient momentanément que la première tour avait pris feu, avant d’apprendre la réalité.

Il rédigea une réaction immédiate, un reportage sur la vie à Manhattan, plutôt qu’une analyse, que nous publiâmes à 23 heures, heure de Londres, le jour même. Nous l’intitulâmes : Est-ce notre destin ?

La publication quotidienne exige un forum et, pressentant ce qui allait venir et ayant besoin d’une question pour attirer les contributions, nous l’appelâmes : Le terrorisme est-il la nouvelle guerre froide ?

De manières diverses, la plupart des contributeurs affrontèrent ce que tout le monde savait immédiatement être un tournant historique, avec le pressentiment terrible que, même si la justice pouvait être rendue, il était tout aussi probable que quelque chose d’encore plus terrible suivrait.

On peut sentir cette tension dans la réponse de Paul Gilroy, qui écrivait depuis Yale à l’époque, en voyant le début de La Jihad Américaine.

La Jihad Américaine

PAUL GILROY – 17 septembre 2001, 23h09

La plupart des commentaires sur les horreurs du 11 septembre 2001 ont été formulés à partir de deux positions.

La première est une localisation ancrée: le lieu d’un spectateur direct plutôt que médiatiquement construit. Couverte de poussière et de dioxine, le centre de Manhattan s’ouvrait sur le romantisme, l’héroïsme, la force et l’énergie collective de la métropole mondialisée. Ces qualités transcendantales ont été célébrées comme l’antidote à une tragédie humaine qui demeure inexplicable, le plus vivable lorsqu’elle est locale. La localité devient l’ennemi de l’explication. La tragédie est la fabrication de la cité, qui se redécouvre, se renouvelle et se renforce en surmontant l’adversité. Rudy et Hillary, se tenant par la main au-delà de leurs divisions politiques qui s’éloignent, découvrirent un précédent historique pour ce lien civique magique dans la mémoire de Londres lors du blitz de 1940.

Les hooligans de l’Absolu : la porte de Black Pluto après le 11 septembre

TOM NAIRN – 04 octobre 2001, 14h06

Cependant, ils échoueront, pour des raisons tout à fait banales (et profanes) qui n’ont guère à voir avec la théologie atavique de chaque côté. O’Leary a sûrement raison d’appeler à la normalité : « Soyez normaux… considérez la normalité comme une façon de vous affirmer et de défendre vos valeurs ». Gardez la tête froide, en d’autres termes. L’objectif des criminels était une décapitation socio-culturelle. Ils ne seront pas autorisés à s’en tirer ainsi…

Françoise Perrin

Rédactrice française engagée dans l’information citoyenne, je m’intéresse aux liens entre écologie, démocratie et solidarité. À travers mes articles, je cherche à rendre les grands enjeux de société plus clairs, plus accessibles et plus proches du terrain, en donnant une place aux initiatives, aux débats et aux voix qui participent à transformer notre époque.